Dans une longue tribune publiée dans les colonnes du Listin Diario, quotidien dominicain, le lundi 3 août 2015, l’ex-président dominicain Leonel Fernández a passé en revue la politique migratoire de son pays et a qualifié d’injustes les pressions exercées par la communauté internationale sur la République dominicaine. A grand renfort d’exemples, Leonel Fernández a rejeté d’un revers de main l’idée selon laquelle la République dominicaine serait un pays raciste, xénophobe et ségrégationniste et a appelé les dirigeants actuels à ne pas plier l’échine face à la campagne internationale qui, selon lui, exige de son pays une amnistie migratoire. « Malgré le fait qu'ils n'ont pas été en mesure de présenter des preuves convaincantes sur les cas de personnes apatrides dans notre pays, ou des preuves sans équivoque de déportations de masse ou de crise humanitaire, divers secteurs de la communauté internationale persistent dans l'idée de projeter la République dominicaine comme un pays raciste, xénophobe et ségrégationniste […] Rien de tout cela n’est vrai », a écrit Leonel Fernández lundi dans les colonnes de Listin Diario. Pour Leonel Fernández, qui a entrepris d’analyser les arguments évoqués par différents secteurs de la communauté internationale, « il est clair que le but recherché est que la République dominicaine ne retourne pas à leur lieu d'origine des immigrants illégaux qui ne sont pas conformes au plan de régularisation ». « L'intention est d'éviter l'apatridie supposée, une espèce d'amnistie migratoire est déclarée, et l'octroi de la nationalité dominicaine également est attribué à toute personne qui prétend être née sur notre territoire », a poursuivi Leonel Fernández, qui n’a pas hésité à qualifier ces approches d’absurdes, de bizarres et d’inhabituelles. À en croire l’ancien chef d’Etat dominicain, ce qui est exigé de son pays n’est jamais arrivé dans aucun autre pays dans le monde, à aucun moment dans l'histoire. Il cite les cas des Bahamas, qui ont entrepris un vaste programme d'expulsion qui a considérablement affecté les immigrants illégaux haïtiens, du Brésil, dont le gouvernement de Rio envisage de fermer sa frontière avec le Pérou pour stopper le flux des migrants haïtiens, des îles Turks and Caicos, qui envisagent la possibilité d'utiliser des drones pour localiser et identifier en particulier les migrants haïtiens illégaux, afin de procéder à leur capture et à leur déportation. « Aux États-Unis, il y a eu une hausse sans précédent des déportations de migrants illégaux, qui a touché plus de deux millions de personnes, uniquement pendant l'administration du président Barack Obama […] Au Canada, depuis 2004, la décision de lever la disposition autorisant l'arrêt des expulsions de ressortissants haïtiens pour des raisons humanitaires a été prise », a expliqué Fernández, passant en revue les différentes politiques migratoires des pays de la région en fonction du nombre de migrants haïtiens illégaux sur leur territoire. Tout en reconnaissant que derrière toutes ces décisions prises par les gouvernements il existe des tragédies personnelles, tristes et regrettables, des scènes de familles déchirées, l’ancien président estime que c’est la raison pour laquelle la communauté internationale doit travailler pour construire un avenir meilleur pour Haïti. « Il ne revient pas à la communauté internationale de juger les décisions prises par les États souverains pour protéger leurs territoires et leurs populations. Encore moins, par conséquent, qu’il lui incombe d’exiger à la République dominicaine qu’elle déclare une amnistie générale de l'immigration ou l'octroi de la nationalité dominicaine aux personnes nées sur notre territoire », a protesté Leonel Fernández, qui crie à l’ingérence. « La République dominicaine est un Etat souverain et indépendant, et donc le seul détenteur de la capacité et de la compétence pour prendre des décisions sur sa politique d'immigration […] Nous n’avons jamais vu la communauté internationale intervenir dans les affaires intérieures d'un Etat indépendant pour contrôler sa politique d'immigration », a rappelé Fernández avant d’ajouter que « c’est une forme d'ingérence qui ignore notre souveraineté en tant qu'Etat, et que nous devons rejeter. » « Ce qui est demandé à la République dominicaine n’est tout simplement pas juste ni raisonnable. Il ne correspond pas aux normes internationales ni à la pratique d'autres Etats de la communauté internationale », a tempêté l’ancien président dans la conclusion de sa tribune.