"It's amazing!" Je tourne rapidement la tête et je vois son visage rayonnant devant un tableau de Tiga. "Do you like it?"- "Oh yes!", me dit-elle en gloussant de rire. Son t-shirt freine ma prochaine question : cette adolescente est bien trinidadienne. À la galerie Nader, à Pétion-Ville, une exposition d'œuvres caribéennes bat son plein, arrache des waouh ! des aaah !, des oooh ! à tous les participants. Mais pour moi, c'est l'heure de partir, ma ballade, qui a commencé sur la place Boyer où se trouvent des installations pour un concert ce soir, sera longue mais édifiante, me dis-je.
En me dirigeant vers la sortie, j'évite de peu un garçonnet nouant les lacets de ses baskets frappés du drapeau jamaïcain. Il lui manque deux dents dans le sourire innocent qu'il me fait. À travers la porte vitrée, un groupe arrive, presque aux pas de course. Ces Barbadiens, manifestement, sont avides d'art, d'esthétique. Ils seront servis, surtout par les œuvres de mon pays qui, selon moi, subjuguent tout le monde. Enfin je sors, direction Champ de Mars. La délégation des Iles Caïmans est juste derrière moi. Va-t-elle profiter de nos beaux espaces, surtout des restaurants de Pétion-Ville après ce bain de peintures ? Je l'espère bien.
En passant sur la rue Panaméricaine, un bus sortant de la rue des Hôtels bloque la circulation pour quelques bonnes minutes. Ben, tous les étrangers devant embarquer pour une nouvelle journée d'aventures, souffrons d'attendre les retardataires... La route libérée, je file vers le centre-ville, où je sais que ça bouillonne.
Voilà mon téléphone qui vibre... C'est ma copine ! Aussitôt que je décroche, elle lâche : "M te di w ann al Gelée !!! Pou jan yo di pwogram sa a te maleu." C'est à ce moment que la ville des Cayes me revient en tête, elle accueille aussi l'événement auquel je prends part, au bord de la mer en plus. "Oups ! Désolé chérie... Men ou sûre te gen plus pase 30 000 moun vre ?" Un sec ''babay'' en guise de réponse.
Je suis déjà au Champ de Mars, à l'entrée du Grand Market. Mon badge me donne accès à l'enceinte qui est en effet un large abri d'une captivante exposition. Dans plusieurs maisonnettes joliment présentées, c'est la mode, la peinture, l'artisanat, la culture de plus de vingt pays qui sont dévoilés, échangés. Je m'achète cette chemise de la mode guyanaise, m pral kraze on sware avè l. Je prends aussi ce jeu de bijoux d'Antigua ; je serai peut-être pardonné pour Gelée... Mais wow ! Stop ! On dirait que je souffre subitement du syndrome d'acheteur compulsif. Pourquoi ces bracelets, ces robes et sacs à main, haïtiens pour la plupart, m'appellent autant ? Je me dépêche de faire le tour, cela dure quand même 45 minutes. Le temps de tout regarder rapidement pour ne pas être trop tenté et de saluer quelques amis et connaissances qui s'amusent comme moi.
La faim... Ah oui ! cette bonne compagne est déjà là, et elle tambourine à grands coups dans mon estomac de gourmand. Pas grave, une quinzaine de maisonnettes-restaurants offrant des délicesdu terroir et de l'étranger m'attendent juste en face. Hummm... on diri-sòspwa-lalo et un jus de tamarin bien glacé kore m pou rès aprèmidi an. Euh... pas tant que ça, car j'expérimente un peu la cuisine jamaïcaine : inoubliable sauce onctueuse de queue de boeuf. La pâtisserie salée de la Guyane me rappelle les kase dan lakay, pas mal du tout. Le homard d'Antigua-et-Barbuda reçoit moult louanges ; il me tente de par son fumet, mais seulement, j'y suis allergique. Snif !
Repu, je décide de poursuivre ma balade au Triomphe. Avant, j'appelle ma copine, qui accepte malgré tout de m'accompagner. Elle arrive à temps pour un spectacle musical qui nous émerveille au plus haut point et me rend dix fois plus fier d'être Haïtien. Maintenant, c'est certain, Erold Josué, DG du Bureau national d'Ethnologie, est une diva. Plus de quarante acteurs font revivre l'histoire d'Haïti depuis les Indiens jusqu'aux Africains avec une constante présence de mystique, de notre si profond vaudou, avec nos rythmes et nos danses si envoûtants. Quels talents ! Quelle féerie ! Littérature, poésie, musique, danse et chant, le tout dans une époustouflante pièce qui restera à tout jamais gravée dans ma mémoire. Quelle riche culture avons-nous, peuple arc-en-ciel qui vit aujourd'hui ce mélange savoureux de toutes les cultures caribéennes.
Après le spectacle, qui a totalement changé son humeur, Lina me propose elle-même de terminer la soirée au Centre Sportif de Carrefour. Yes! Du punch pour continuer ma flânerie. Mais avant de descendre vers une autre commune, on passe dix minutes aux concerts et spectacles du Grand Market et du Kiosque. Plusieurs pays présentent des shows, de la danse, des chants, des acrobaties de tout acabit. On va de surprise en surprise. Un concert hors du commun déchire le Carrefour, apprend-on, et quand on arrive en-bas, plezi jouk li jou !
Le Festival des arts et de la culture de la Caraïbe, je l'ai vécu, je le vis encore... Ma remarque : nou tout sanble, nou tout se menm, nou se Karibeyen ! Viva Carifesta!!!
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