Un canter Daïhatsu blanc balance sa cargaison de fer presque aux pieds de trois ouvriers arborant des gilets roses phosphorescents. Le maître-ferrailleur est servi. Son geste est précis. Chacun, comme une fourmi, fait sa part, sans se plaindre du poids de cette chaleur rendue encore plus moite par l’humidité. On ne traîne pas dans cet écrin de verdure où quelque 500 ouvriers haïtiens se relaient jour et nuit pour que d’autres viennent profiter des locaux en phase de finition, languir sous les cocotiers, les pieds abandonnés aux caprices de vagues lécheuses ondulant sur 1,7 km de plage.
« Nous ouvrirons le 1er novembre. Nous serons dans les temps », gage Fernando Garcia, directeur général de l’hôtel Royal Decameron Indigo Beach Resorts and Spa “all inclusive”. Les premiers clients à humer les murs viendront de la France et du Canada. 8 millions de dollars américains ont été investis dans ces travaux de rénovation et d’agrandissement, enchaîne Fernando Garcia, capable de dire d’un trait que le site comprendra, entre autres, 400 chambres de standard européen, King, twin, double twin, deux piscines, un spa, une marina, deux restaurants à la carte, trois restaurants capables de servir en même temps 460 personnes.
Il table sur un taux de fréquentation journalière de 800 personnes, soit quelque 25 000 le mois. Pour agrémenter ces clients, 2 400 repas journaliers seront servis. Les fournisseurs locaux sont en tête de liste du chef quand il faudra faire les emplettes. Quelque 400 personnes de la zone seront employées, indique aussi Fernando Garcia, en marge d’une visite du chantier effectuée par le président de « Decameron All Inclusive Hotels and Resorts », Leonardo Gonzalez Martinez, accompagné de la ministre du Tourisme, Stéphanie B. Villedrouin, du secrétaire d’Etat aux Finances, Ronald G. Décembre, ce lundi 31 août 2015.
Pour Leonardo Gonzalez Martinez, le chantier progresse bien.« Nous voulons ouvrir l’hôtel le 1er novembre et nous serons le premier resort tout compris qui positionnera Haïti sur le marché international comme destination touristique », souligne-t-il, un pronostic sur les lèvres par rapport au potentiel d’Haïti. « Nous avons déjà fait ce type d’investissement dans notre pays. D’autres marques viendront en Haïti », prédit Leonardo Gonzalez Martinez, directeur de Decameron qui a des opérations dans 11 pays de l’Amérique latine et en Afrique. « Haïti est très jolie. Le pays a des attractions », fait-il.
Enthousiaste, la ministre du Tourisme, Stéphanie B. Villedrouin, voit dans le projet Indigo/Decameron « un détonateur pour le tourisme organisé en Haïti ». « Club Indigo/Decameroun va être le premier hôtel tout inclus qui va s’installer dans une zone déjà connue. La côte des Arcadins va se positionner au niveau international », poursuit-elle, contente des retombées pour les autres fournisseurs de services dans l’industrie touristique qui « se développe verticalement ». Il y a le tour opérateur, le charter, l’agence réceptive et l’hôtel qui sont tous interconnectés, souligne Stéphanie B. Villedrouin, satisfaite par rapport à ce bond en avant que va faire le secteur, après les avancées dans le tourisme d’affaires grâce aux investissements privés importants dans la construction d’hôtels à Port-au-Prince et à Pétion-Ville. «A partir du 1er novembre, on va vraiment rentrer dans l’activité touristique comme c’est fait dans la Caraïbe », se réjouit la ministre du Tourisme, qui s’engage à travailler pour développer les excursions qui mettent en valeur la richesse culturelle d’Haïti, ses forts, comme Drouet, sans oublier les artisans. Stéphanie B. Villedrouin met en avant sa satisfaction que les sœurs Nadal soient restées les propriétaires du site tout en ayant compris la nécessité de s’ouvrir à ce genre de partenariat bénéfique pour tous.
Pour souligner l’intérêt accordé à ce projet par l’Etat haïtien, le secrétaire d’Etat Ronald G. Décembre met en avant « l’apport considérable, la diligence du MEF, de la commission interministérielle d’investissement de l’avancement du chantier en témoigne. »
Daniel Jadotte, président de Ceramex, contracteur sur le chantier et membre du conseil d’administration de la HACHAM, se réjouit que ce projet ait pu créer 500 emplois pour des Haïtiens. « J’applaudis ce projet car il a créé des opportunités pour des sociétés haïtiennes et je dois souligner qu’il y a aujourd’hui quelque 500 employés haïtiens sur le site. Il y a cinq ou six sous-contacteurs. Je pense que c’est très important de le dire parce que si on arrive à avoir beaucoup plus d’investissements directs dans le secteur immobilier ou hôtelier, ceci créerait plus d'emplois directs », soutient Daniel Jadotte, fier de souligner que « les firmes locales fournissent un travail selon les standards internationaux ».
« J’encourage les autres investisseurs, les donneurs d’ordre à faire de même, à créer des opportunités pour des sociétés haïtiennes », indique Daniel Jadotte, qui fait remarquer qu’« au niveau de la Hacham on a fait beaucoup de plaidoyers pour avoir des opportunités pour des sociétés haïtiennes ». « Le secteur de la construction crée plus de 120 000 emplois. Chaque fois que je vois des opportunités, je suis content pour le secteur », confie-t-il, portant casque et gilet phosphorescent, comme ses ouvriers qui donnent corps à un beau projet…
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