Le contentieux opposant le candidat à la présidence Jacky Lamarque au Conseil électoral provisoire (C.E.P) semble prendre l’allure d’une véritable affaire d’État. Non pas que le personnage soit plus remarquable ou plus populaire que ses compétiteurs, mais parce que les regards sont braqués sur la tournure que pourraient prendre les événements, suite à son élimination de la course électorale. De ce fait, il bénéficie, sans l’avoir cherchée, d’une publicité que ses adversaires, à n’en point douter, lui envieront. Cette controverse met à nu la faiblesse de nos institutions qui s’opposent et n’arrivent pas à s’entendre sur des questions relevant de la plus élémentaire analyse. À ces errements viennent se greffer une série de maladresses qui compromettent la crédibilité de l’organisme électoral. Ainsi, l’ampleur que prennent, jour après jour, les revendications et les contestations risque de compromettre irrémédiablement le processus dans sa globalité, au grand dam de la population.
Dans ce contexte particulier, l’opinion nationale est attentive aux menées du CEP, seul maître- d’œuvre de cet important événement national, qui fonce «tèt drèt san gade dèyè» , vers un objectif de moins en moins réalisable. Avec le flot de controverses, de revendications et de contestations, etc., le vase déborde. C’est à se demander : comment sortir de ce marasme ?
Dans tout ce tohubohu, le cas particulier du candidat Lumarque devient emblématique. Enlevé de la course électorale par décision du CEP alors qu’il venait d’être agréé par le tribunal émanant de la loi électorale dont la mission est de traiter, justement, en dernier ressort, des problèmes litigieux, le candidat Lumarque crie haut et fort qu’il ne renoncera pas à ses droits. Comme de fait, parmi les différents contestataires, le plaignant en cause semble être actuellement le seul à demeurer en lice - les autres ayant, apparemment, sans explications, décidé de désister, faute, peut-être, d’arguments convaincants.
Face à la sanction du CEP et à son raidissement, le conseil juridique de Jacky Lumarque, composé d’éminents juristes, a fait valoir une démarche reposant essentiellement sur le droit, en consultant toutes les instances compétentes en la matière et ayant leur mot à dire en la circonstance. Toutes, sans exception, se sont prononcées en faveur du demandeur. S’appuyant sur l’opinion du tribunal électoral (B.C.E.D), le jugement de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif et la position critique de l’OPC, ces hommes et femmes de loi rejettent d’un revers de main les explications fournies par le C.E.P et qualifient d’arbitraire la décision de l’institution électorale.
D’aucuns pensent que les manigances dont a été victime Jacky Lumarque ont été concoctées, en complicité avec certains membres du C.E.P, dans d’obscures officines, au bénéfice de certaines puissances étrangères dans le but de faire main basse sur la politique haïtienne de façon à placer au pouvoir des hommes malléables plus enclins à satisfaire leurs desideratas, comme c’était le cas en 2010. Dans cette saynète où s’évertuent à évoluer, sans scrupule, certains hommes et femmes politiques – heureusement avec des exceptions - tout est possible et rien n’est à écarter. Sur l’opinion négative largement partagée au sein d’une large frange de la population, tenant compte des antécédents, j’émets de sérieuses réserves quant à l’implication de certains membres du C.E.P, réputés pour leur intégrité, dans des magouilles qui risqueraient de les engloutir dans l’abîme de la honte et de la déchéance.
L’ère postduvaliériste ne nous a pas débarrassés de ces tares ataviques qui nous paralysent. Sur bien des points, les acteurs politiques évoluant sur le terrain depuis la chute de la dictature les ont même accentuées. Ainsi, la décision qui affecte le candidat Jacky Lamarque est perçue, par bon nombre d’Haïtiens, comme l’expression d’une décadence morale entretenue par les gouvernants. Concussion qui laisse libre cours au chantage, à la corruption, à la compromission et autres malversations, dans l’unique but de s’enrichir, sans risque d’être sanctionnés par la justice.
Ainsi la lutte contre cette forme de dépravation a conduit plusieurs citoyens et citoyennes de la société civile et de la classe politique, toutes tendances confondues, à protester contre cet état de fait, probablement lié à cette attitude délétère, en approuvant la pétition rendue publique, pour réclamer la réintégration du candidat Jacky Lumarque dans la course électorale.
Il parait normal et légitime qu’une telle action soit partagée par tout compatriote responsable, d’où qu’il vienne et quelle que soit son origine sociale. Il faut savoir dorénavant dire « Non » aux dérives de l’absolutisme aveugle et de l’arbitraire. Il faut savoir dire « Non » lorsque l’honneur le commande, savoir se démettre lorsque la situation l’exige. Il faut qu’à tout jamais que la médiocratie et la malversation disparaissent de notre horizon pour que triomphent l’éthique et la morale, pour que l’aspiration à l’intégrité imprègne notre société. À tout candidat qui pense pouvoir s’accommoder de telles vertus, je dis bravo et bonne chance. Quant à mon choix personnel en faveur d’un aspirant au pouvoir exécutif, il se sera dévolu, à n’en point douter, au candidat qui s’engagera dans le sens du respect de ces normes et saura le mieux me convaincre de ses idées à travers un programme cohérent et réaliste.
Cependant, cette prise de position formulée dans la pétition renvoie à d’autres engagements. Si la demande de rejet de cette mesure injuste et arbitraire - comme le perçoivent les signataires – ne devait être qu’une fin en soi teintée d’un opportunisme desséchant qui ne prend en compte que des intérêts individuels au détriment des intérêts collectifs, elle passerait à côté de son principal objectif qui est la défense de la liberté d’expression et d’action. Dans ce cas, la démarche ne serait que pure démagogie. Gageons qu’elle gardera toute sa noblesse.
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