40 millions de dollars. C’est cette enveloppe, selon la représentante de la Banque mondiale, que désormais la Banque mondiale va consacrer à Haïti pour les prochaines années. « Dans l’avenir, notre allocation va être beaucoup moins », a fait savoir Mary Barton-Dock, qui a également annoncé que les autres partenaires d’Haïti vont procéder à une réduction similaire. « Peut-être pas à ce niveau », a-t-elle ajouté. Selon la représentante, Haïti n’a pas d’autre choix que d’opter pour une utilisation des finances publiques plus efficace car leur montant est moindre pour le moment. Petrocaribe et l’aide externe sont en train d’être réduits comme une peau de chagrin. « On doit augmenter les recettes publiques à travers les ressources des entreprises et des citoyens », a encouragé Mary-Barton Dock. « Nous sommes dans une période où il est extrêmement important d’utiliser les deniers publics, qui sont en train de se rétrécir, de la manière la plus efficace possible », a, pour sa part, renchéri Raju Jan Singh, économiste en chef de la Banque mondiale pour Haïti, qui participait également à l’interview. « On a remarqué, à la suite du séisme, avec l’entrée de beaucoup de bailleurs de fonds, avec l’accès à des sources de financement concessionnel, que le montant des investissements publics a fortement cru mais force est de constater qu’il n’y a pas vraiment eu de rebond dans la croissance économique qu’on pourrait attendre au vu de l’importance de l’augmentation des investissements publics », a-t-il poursuivi. En effet, ces dernières années, avec l’avènement de Michel Martelly au pouvoir, la priorité dans les investissements publics a été accordée au financement des infrastructures, la reconstruction des bâtiments publics notamment. Et, les résultats obtenus jusqu’ici n’ont pas été à la hauteur des attentes. C’est aussi le constat de Raju Jan Singh. « Lorsqu’on suit le cycle des investissements publics, de l’identification, de la préparation des projets, de leur mise en œuvre et du suivi-évaluation, Haïti est relativement faible dans ce cycle-là. Donc, il y a besoin de renforcer ce cycle de préparation et de mise en œuvre pour que l’argent ait le plus grand impact possible dans le pays », a déclaré l’économiste en chef de la Banque mondiale pour Haïti. Selon ce dernier, ses collègues du FMI se sont livrés à l’exercice de comparer la performance d’Haïti avec celle d’autres pays de la région au niveau de la gestion des investissements publics, et le pays n’est pas confortable dans cette comparaison. Pour Mary Barton-Dock, reprenant une analyse du FMI et de la BM, il y a encore beaucoup de travail à faire pour un processus très ouvert de priorisation des investissements, et, les questions suivantes, telle une ritournelle, devraient à tout bout de champ être mises sur le tapis : quel est le prochain projet le plus rentable que le gouvernement devrait financer et pourquoi ? Plus loin, elle a signalé qu’il y a un véritable travail à faire pour la concurrence dans les contrats. « Il faut encore un processus plus ouvert et plus transparent pour la sélection des firmes qui vont construire à partir de ces investissements », a-t-elle recommandé avant de poursuivre : « Il faut un suivi beaucoup plus fort par le gouvernement de ces contrats pour être sûr que la qualité de travail est ce qui était prévu et aussi que les coûts sont acceptables. » Toutefois, l’année dernière, Mary Barton-Dock dit avoir noté une amélioration car la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) a audité l’utilisation de certains fonds publics et a, par la suite, produit des rapports. « C’est une bonne étape. Il faut continuer dans cette direction », a-t-elle déclaré. Par ailleurs, pour atteindre les objectifs contenus dans le Plan de développement stratégique (PSDH), publié en mai 2012 par le gouvernement haïtien, le rapport de la Banque mondiale rappelle qu’Haïti devra réaliser une croissance ambitieuse de 10 % ou plus, ce qui suppose une rupture nette avec les performances passées. Ainsi, pour la Banque mondiale, les investissements publics doivent être consentis dans des secteurs comme l'agriculture, la construction, l'industrie manufacturière et le tourisme.