En exprimant jeudi l’inquiétude de Bruxelles par rapport à la décision du gouvernement haïtien d’interdire l’importation par voie terrestre de 23 produits en provenance de la République dominicaine, le nouvel ambassadeur de l’Union européenne en Haïti, Vincent Dégel, ne fait pas dans la dentelle. Il ne fait aucun doute que l’intervention de l’ambassadeur Dégel dans le cadre de ce dossier s’explique en raison des intérêts des compagnies européennes installées de l’autre côté de la frontière. Comment demander au gouvernement haïtien d’entrer en concertation avec son voisin pour réviser ces mesures alors que le ministre Laleau a clairement expliqué que l’Etat haïtien accuse chaque année un déficit de 300 millions de dollars en termes de recettes fiscales à partir de la contrebande à la frontière ?
Le nouvel ambassadeur est arrivé à point nommé pour défendre les intérêts de la République dominicaine, mais il ne se fait aucun souci de la violation constante des droits des ressortissants haïtiens par le gouvernement Medina. Refoulés dans des conditions infrahumaines, nos compatriotes connaissent les pires humiliations de l’autre côté de la frontière. L’Union européenne qui, la plupart du temps, exige le respect des droits de l’homme, au-delà des frontières du Vieux Continent, n’a jamais exprimé une quelconque position sur la situation des droits de l’homme en République dominicaine, en dépit des rapports accablants d’organisations internationales sur ce pays. L’arrêt 168-13 du Tribunal constitutionnel dominicain qui devient un sujet d’étude à l’échelle internationale, pour avoir dénationalisé des centaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne, sur plusieurs générations, n’avait pas retenu l’attention de l’Union européenne.
Il n’est un secret pour personne que nombre de compagnies européennes s’installent dans la partie orientale de l’île depuis plusieurs années. Ces investissements ont contribué en grande partie à la multiplication des richesses de ce pays qui est devenu très florissant. Les compagnies européennes n’ont pas d’investissements en Haïti. Par contre, l’Union européenne accorde une assistance annuelle à Haïti par l’entremise du gouvernement et des organisations non gouvernementales. Ce qui explique deux phénomènes différents. L’investissement en République dominicaine et l’assistance en Haïti. Cette aide pourrait-elle constituer un handicap pour le gouvernement haïtien dans la prise de certaines décisions ? Haïti doit-elle continuer à dépendre de l’économie dominicaine, même pour les biens fabriqués localement ?
Les études réalisées constamment sur les économies de la région depuis une quinzaine d’années présentent l’économie haïtienne comme une économie arriérée, moribonde, à l’opposé de celle de la République dominicaine qui est florissante, moderne. Il convient pour les dirigeants haïtiens de jeter les bases d’une économie moderne susceptible de changer les conditions de vie de l’homme haïtien. Les mesures prises par le ministre Wilson Laleau peuvent-elles être considérées comme le premier pas dans la direction de la nouvelle conception des rapports commerciaux entre les deux pays se partageant l’île d’Haïti ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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