La décision du Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), d’interdire l’entrée par voie terrestre sur le territoire national de 23 produits en provenance de la République dominicaine, ne cesse de provoquer des réactions, de part et d’autre de la frontière. Dernière réaction en date et non des moindres, celle de l’entrepreneur haïtien Réginald Boulos, ancien grand patron du secteur privé national, qui est intervenu lundi sur les ondes de Magik 9 pour apporter notamment plus de détails sur les circonstances entourant l’envoi de sa lettre à l’ambassadeur de l’Union européenne en Haïti. D’entrée de jeu, Réginald Boulos précise que sa lettre, adressée à l’Union européenne, n’est pas une lettre de guerre envers la République dominicaine. « Elle est une réaction à une déclaration », a fait savoir l’homme d’affaires qui a préféré mettre l’accent ensuite sur un ensemble de propositions qu’il adresse aussi bien à l’Union européenne qu’au secteur privé haïtien. Selon lui, l’Union européenne a un rôle à jouer pour amener les deux partenaires, Haïti et la République dominicaine, à la table de négociations pour qu’ils puissent discuter de tout, pas seulement d’un aspect des relations entre les deux pays. « Je fais appel à l’Union européenne pour un accord global avec la République dominicaine sur les questions migratoires, culturelles, économiques et politiques », a déclaré Réginald Boulos sur l’antenne de Magik 9. L’entrepreneur a ensuite prôné le vivre-ensemble entre le secteur privé haïtien, la société civile, la paysannerie et le gouvernement haïtien. « Peu importe ceux ou celles qui détiennent les rênes du pouvoir », a déclaré Réginald Boulos avant de prôner également le vivre-ensemble avec les frères dominicains, avec qui Haïti partage la même île. Démarche nécessaire, selon lui, pour qu’un jour Haïti et la République dominicaine puissent avoir un marché commun réel qui serait le résultat d’un grand accord. Ainsi, invite-t-il le secteur privé dominicain à venir investir en Haïti. « Nous devons mettre en place des avantages incitatifs transparents pour nos partenaires dominicains car, nous sommes condamnés à vivre ensemble », a proposé Réginald Boulos, qui admet volontiers que les Dominicains doivent apprendre à traiter les Haïtiens différemment s’ils veulent que les Haïtiens continuent à être leurs partenaires. A la question de savoir si la mesure est prise à des fins électorales, l’entrepreneur fournit la réponse laconique suivante : « Je crois que c’est de bonne guerre. » Cependant, il en appelle au secteur privé, à la société civile et au peuple haïtien pour faire en sorte que cette mesure ne soit pas simplement une mesure conjoncturelle. En ce sens, il interpelle les candidats à être clairs sur cette question et tout en ne minimisant pas l’importance du potentiel financement dominicain dans la campagne électorale. Plus loin, Réginald Boulos plaide pour le développement du transport maritime dont le coût devrait baisser prochainement, à cause notamment du volume et de la quantité de conteneurs. « Entre les ports de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien, nous n’avons pas encore atteint les limites de notre capacité », a affirmé Réginald Boulos, qui croit qu’une période de trois à cinq ans est nécessaire pour protéger la compétitivité de la production nationale vis-à-vis de la République dominicaine et de la Caraïbe. En ce qui a trait à l’Initiative Quisqueya, un forum d'affaires binational visant à promouvoir et encourager les projets conjoints d'investissement entre les secteurs privés et les gouvernements des deux pays et à renforcer et développer le commerce bilatéral, Réginald Boulos estime que la partie haïtienne n’est pas encore prête pour s’asseoir à la table des négociations avec les Dominicains. « La République dominicaine dispose, depuis des années, d’une cellule de plus de 40 experts qui travaillent sur le modèle de développement de l’industrie dominicaine pour la consommation haïtienne », a signalé ce dernier, qui exhorte les patrons haïtiens, membres de cette Initiative, à trouver un terrain d’entente entre eux d’abord, sur plusieurs points, au risque de se retrouver en situation de parents pauvres face aux Dominicains. « Nous n’avons pas encore scellé notre pacte interne », a fait remarquer Réginald Boulos, qui prône un pacte national. Sous le haut patronage de l’Union européenne, le Conseil économique binationale Quisqueya, établi depuis le 22 août 2013, servira, entre autres, de plateforme permanente pour le développement et la promotion des relations économiques et commerciales entre Haïti et la République dominicaine.