Ronald Edmond n’est pas patient. Quand nous avons quelques minutes de retard pour l’interview, il se prépare déjà à quitter les lieux du rendez-vous. « M panse nou pa t ap vini ankò wi », nous lance-t-il de but en blanc, un peu énervé. À vrai dire, il nous confond avec des acheteurs. C’est pourquoi il nous emmène dans son atelier reculé pour être plus tranquille. « Les Blancs viennent ici souvent pour acheter ou pour placer des commandes », raconte Ronald du haut de son mètre cinquante alors que nous lui expliquons que nous sommes des journalistes qui présentent des artisans. « Le shop est au Marché en fer. C’est là que nous exposons nos plus petites pièces. On peut y aller aussi », ajoute le jeune artisan de 32 ans.
Dès son plus jeune âge, Ronald baigne dans la fabrication des drapeaux vaudous. « D’aussi loin que je me rappelle, mon frère était dans le vaudou. Dès mon enfance, je l’aidais dans ses commandes de drapeaux ou avec ses pièces de récupération. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il n’y avait aucune raison pour que je change de métier. J’aime ce que je fais. J’aime le vaudou. J’aime travailler les pièces. Certes, ce n’est pas tout le temps que nous vendons à la hauteur de nos espérances, mais je n’ai fait que ça toute ma vie, je suis bien obligé de continuer sur cette lancée », nous confie-t-il.
Tout en discutant, le jeune homme ne lâche pas son téléphone. Il envoie des photos sur WhatsApp à des clients, il répond à des messages Facebook, ou encore, il envoie des SMS à sa femme qui tient sa boutique avec lui. Marié depuis dix ans, père d’un garçon de huit ans et d’une fillette de trois ans, Ronald se considère comme un rude travailleur. « Je suis dans les rues depuis cinq heures du matin et des fois quand nous avons de grosses commandes, je ne dors presque pas. Grâce à ce que je fais, mes enfants vont à l’école et je mets à manger sur la table chaque jour. Mwen t ap engra si m pa ta kwè nan Ginen yo », lâche l’artisan d’un air profond.
Jeans bleu, maillot blanc, chaussures de sport, Ronald trimballe un sac au dos et une serviette blanche dans sa poche arrière, comme les bredjenn de nos jours. Ses œuvres ont arpenté plusieurs galeries de la capitale, nous dit-il. L’artiste a aussi participé à « de nombreuses expositions », a affiché ses sculptures à l’Institut Français et aussi à la Fokal. « Quand le Bureau National d’Ethnologie fait des cérémonies ou des foires, il sollicite aussi mes services, mon aide pour le staff. Même si je ne trace pas souvent les dessins qui me montent en tête, je peux exécuter les drapeaux rapidement », explique le jeune homme.
Pour sa troisième participation à Artisanat en fête, au Parc Historique de la canne à sucre, l’artisan compte encore une fois vendre ses produits, mais surtout faire de la relation publique. « Beaucoup de commandes que je trouve lors des fins d’année, c’est grâce à Artisanat en fête », révèle Ronald. « Même si je ne vends jamais toutes mes pièces, c’est toujours une expérience positive. » Le prix de ses œuvres varie entre 500 gourdes et 500 dollars américains. « Cela dépend vraiment de la dimension et de la quantité de travail qu’il faut pour exécuter la tâche. Des fois, plusieurs artistes doivent s’y mettre pour finaliser l’ouvrage. On doit considérer tout ça », explique fermement l’artisan de sa voix basse.
Le Wi-Fi du marché en fer lui permet d’être toujours up-to-date. « Mon inspiration je la trouve partout. Des fois dans mes rêves. Dans ces cas-là, je raconte mes songes à mes ouvriers et ils exécutent. Je corrige, on peaufine le croquis, ensuite on le perle. Pour faire les drapeaux vaudous, on utilise des perles, des paillettes et une aiguille de crochet qu’on met dans un capuchon de plume. Cela peut prendre entre 5 et 30 jours pour réaliser un drapeau, dépendamment encore une fois de la dimension », précise Ronald Edmond.
Bien avant la reconstruction du Marché en fer par la Digicel, l’artisan faisait de cet espace son bastion. « Nous avons beaucoup de visiteurs dans le shop, mais nous aimerions un musée pour nos œuvres. » C’est d’ailleurs dans cette optique qu’il fonde l’Atelier Délivrance avec quelques amis en 2010. « On créait mais on ne trouvait aucun endroit où les mettre ; finalement j’ai loué ce petit espace, et voilà ! Depuis, ma clientèle s’est agrandie. Haïtiens et étrangers consomment mes produits », conclut-il l’air satisfait.
Pour la neuvième édition d’Artisanat en fête les 10 et 11 octobre 2015, Ronald invite tout le monde à faire le déplacement, car, dit-il, les artisans font beaucoup d’efforts pour séduire les participants.
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