Black-out. Rien n’a filtré. Ce sont les tweets de Roberto Rodriguez Marchena, porte-parole du gouvernement dominicain, qui ont permis à l’opinion publique haïtienne, au patronat haïtien de savoir que le président Michel Martelly, à sa demande, rencontre, à Barahona, son homologue dominicain, Danilo Medina, ce mardi à 11 heures a.m. Des « questions d’intérêts communs » et la « levée de la mesure d’interdiction » d’importation de 23 produits par voie terrestre de la République dominicaine sont inscrites à l’agenda des discussions, a révélé Roberto Rodriguez Marchena. « Je ne suis pas invité. J’ai appris cela par la presse, comme vous », a confié Grégory Brandt, président du Forum économique du secteur privé. Le Forum n’a pas de « position » parce qu’elle n’a pas eu encore de réunion sur cette rencontre, a-t-il dit. « Ma position personnelle est que je suis étonné du timing de cette rencontre », a indiqué Grégory Brandt. Son étonnement porte sur la forme et le fond de la rencontre. Comme Grégory Brandt, Christopher Handal, président de la CCI/O a appris la nouvelle à la radio. « Je ne veux pas faire de supposition parce qu’on a rien d’officiel », a indiqué Christopher Handal qui veut attendre et voir. Cependant, le patron de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ouest a exprimé sa position : « Je n’aurais pas souhaité qu’Haïti fasse marche arrière dans cette affaire. » Pour Christopher Handal, il faut que se poursuive le processus mis en place censé permettre à l’État de collecter ses revenus sur les importations par voie terrestre de produits en provenance de la République dominicaine. « L’ADIH n’était pas au courant et est très surprise de la tenue de cette rencontre », a confié une source à l’ADIH. « L’ADIH souhaite que le gouvernement maintienne sa position », a-t-elle indiqué, soulignant que les recettes douanières sont importantes pour le pays. Pour une fois, le budget de la République compte sur d’importantes ressources domestiques, a-t-elle expliqué . « Je ne fais pas de commentaires », a pour sa part indiqué le docteur Réginald Boulos, homme d’affaires influent et ex-responsable d’association patronale. Jean-Robert Argant a estimé que cette rencontre n’a « aucun sens » si la levée de l’interdiction d’importation par voie terrestre des 23 produits en provenance de la République dominicaine est dans l’agenda des discussions. Il conçoit très mal que le président Martelly ait à se déplacer pour aller expliquer la mesure prise par son administration. « Haïti est un pays, j’ai failli dire souverain, mais qui a quand même une certaine indépendance qui n’a pas à justifier des mesures prises pour protéger ses citoyens. Il est du ressort du gouvernement de protéger la santé de ses citoyens et d’organiser ses entrées financières parce qu’il a à gérer les conséquences des mesures prises par les autorités dominicaines vis-à-vis des ressortissants haïtiens », a indiqué Jean-Robert Argant du Collectif 4 Décembre. Le chancelier haïtien, Lener Renauld, a confié au journal que la rencontre entre les deux chefs d’Etat était « prévue ». Ils devaient discuter de la problématique de l’interdiction de l’importation des 23 produits par voie terrestre en marge de la 70e assemblée générale de l’ONU à New York, fin septembre. « Les deux chefs d’État n’ont pas pu se rencontrer. Danilo Medina quittait New York pour Santo Domingo et le président Martelly arrivait », a expliqué Lener Renaud, soulignant que cette « mesure a été prise dans l’intérêt du pays et du peuple haïtien ». Le contrôle de la qualité des produits est une nécessité, a défendu Lener Renauld, réaffirmant que la farine importée de la République dominicaine est cancérigène et le fer de mauvaise qualité. La mesure a été prise également pour permettre à l’État de collecter les recettes dont le prive la contrebande. Il n’y a pas de réciprocité dans les échanges commerciaux, a aussi souligné Lener Renauld, le chef de la diplomatie haïtienne. Michel Martelly négocie, se rétracte ? «Si le président avait l'intention de faire le retrait pur et simple de cette mesure, je ne crois pas qu’il aurait besoin de s’asseoir avec le président dominicain pour discuter de cela », a-t-il estimé. « Naturellement, le président est parti avec le ministre des Finances, celui du Commerce et d’autres responsables du dossier. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs et dire qu’il est parti pour négocier. Dans la mesure où cela porte sur les intérêts d’Haïti, on ne peut pas présager ce qu’il va faire. Quand ce sera sur la table, on verra ce qui est dans l’intérêt du pays et ce qui ne l’est pas », a expliqué Lener Renauld, joint depuis Paris, après une mission en Arménie. Au passage, le chancelier a indiqué que la République dominicaine n’a pas porté plainte par-devant l’OMC contre Haïti à la suite de l’interdiction de l’importation terrestre de ces 23 produits. « La République dominicaine a exprimé son appréhension », a souligné Lener Renaud. Maintenu dans le noir sur cette rencontre, le secteur privé des affaires a été unanime à saluer cette mesure qui est en revanche vertement critiquée par des opérateurs économiques vivants dans des villes frontalières comme Ouanamithe. En milieu de journée, sur le compte twitter du président Danilo Medina, on pouvait voir les deux chefs d’État.