Jeudi, les balles déchiraient le silence d’une nuit de demi-lune dans le quartier de Bois-Neuf, à Cité Soleil. L’insoutenable se tramait. Encore une fois, une nouvelle fois. Des vies, épinglées par un hasard funeste, allaient ressembler à un puzzle dépourvu de pièces. Comme s’il était déconnecté de la réalité, Jeanty, en état de choc, la voix enflée de remord, ressasse les mêmes mots : « Je n’étais pas là. Je n’étais pas là ». Il était au travail, vendredi matin, quand, des hommes armés venus de Boston, de projet Drouillard ont froidement abattu sa femme, Dézilène Molière, 26 ans, enceinte de 7 mois. La belle-sœur de sa femme, Tita, enceinte elle aussi, a été tuée. Pendant cette incursion à Bois 9, un homme a également été tué. Sa boutique a été brûlée. On dénombre un blessé, confie Jeanty, refugié à Petit-Goâve, au sein de sa belle-famille. « J’ai tout fait pour retrouver le cadavre de Dézilène », se lamente-t-il. « Oui, les hommes armés sont partis avec les cadavres », atteste Samuel, un habitant de Bois-Neuf qui s’est mis à couvert. Au fait, entre jeudi et vendredi, c’est au moins cinq personnes qui ont été tuées à Bois-Neuf. Pour ne pas laisser des traces, les hommes de Boston, de projet Drouillard ont emporté les personnes tuées sur des brouettes, explique Samuel, des récriminations sur les lèvres à l’endroit des autorités policières et judiciaires. La réaction de certains habitants de Bois-Neuf n’a pas été tendre. Il y a eu des morts et des véhicules incendiés dans l’autre camp, confie Samuel. « Je n’ai pas vu de cadavres à projet Drouillard », indique Evens Levêque, le juge de paix titulaire de Cité Soleil. Le magistrat décrit une situation de guerre féroce entre des individus armés de ces quartiers de Cité Soleil. Sur un autre front, cette fois à Wharf Jérémie, le juge de paix confie avoir procédé au constat de deux cadavres, deux hommes tués dans des échanges de coups de feu avec la police. Trois fusils d’assaut et un pistolet ont été confisqués lors de l’opération de la police, selon l’inspecteur Gary Desrosiers, porte-parole adjoint de la PNH. Pour Pierre Espérance du RNDDH, cette nouvelle flambée de violence dans le plus grand bidonville de la capitale est liée aux élections. Il y a une bataille pour le contrôle de Cité Soleil. « Nous déplorons les actes de violence de ce week-end. Nous avons entendu dire qu’il y aurait entre 16 et 30 morts. Mais ce sont des chiffres que nous n’avons pas confirmés », a expliqué Pierre Ésperance du RNDDH, qui enquête sur ce week-end sanglant à Cité Soleil.