Sans qu'on soit alarmiste, les dernières perspectives sur la sécurité alimentaire émises par la CNSA sont pour le moins préoccupantes. Alors que le pays semble s’engluer dans une crise postélectorale, une crise alimentaire risque de sévir aveuglément dans plusieurs communes à travers le pays. La faute au démarrage tardif de la deuxième saison pluvieuse et aux périodes sèches enregistrées en septembre réduisant la production agricole dans les régions affectées à moins de 50% de la moyenne.
La Coordination nationale pour la sécurité alimentaire (CNSA) prédit dans son dernier bulletin, paru la semaine dernière, que la crise [alimentaire] va continuer, pour la période d’octobre 2015 à mars 2016, avec les prix élevés et la faible production. Toute la péninsule du Sud, le Nord-Ouest et le Nord-Est, entre autres, en sont sévèrement touchés, très affectés par la sécheresse.
La sécheresse dans ces zones a aussi contribué à une baisse de la demande de main-d’œuvre car, face au dépérissement des cultures, les travaux d’entretien comme le sarclage n’ont pas pu s’effectuer. En plus, les autres sources de revenus comme la fabrication du charbon et le petit commerce n’arrivent pas à compenser ce manque à gagner.
A cela s'ajoutent une poussée inflationniste d’environ 11.3% et une dépréciation de la gourde qui perd environ 3% au cours du mois d’octobre. Pour ne rien arranger, les fonds d’assistance humanitaire n’ont cessé de décroître depuis le séisme de janvier 2010 pour atteindre leur niveau de 2009.
La baisse de la production agricole entraînée par la sécheresse est à la base de l’évolution des prix des denrées produites localement, comme le maïs et les haricots notamment, qui, comparés aux prix des années antérieures, sont relativement élevés.
Si à Jérémie, le prix du maïs augmente jusqu’à 150% par rapport à septembre 2014, il est quasiment stable à Hinche et à Jacmel et affiche une baisse d'environ 34% à Ouanaminthe. Sur les marchés de Port-au-Prince et de Hinche, le prix du haricot noir est en hausse respectivement de 12% et de 8%.
Par ailleurs, les prix des produits importés ont très peu fluctué en septembre par rapport au mois précédent et par rapport à septembre 2014. Même si des produits comme les huiles végétales ont affiché des hausses de 20% et de 7% sur les marchés de Jacmel et de Ouanaminthe respectivement.
Le blocage des routes au niveau de l’Arcahaie n’a pas été sans conséquence sur le fonctionnement des marchés, ralentissant les activités commerciales entre le grand Nord et Port-au-Prince. Les camionneurs sont obligés d’emprunter des routes plus difficiles, plus longues, ce qui a entraîné la perte de produits périssables comme les fruits et les légumes, augmentant ainsi leurs coûts.
Forte de ces constats, la CNSA formule plusieurs hypothèses, notamment une résurgence de la volatilité du taux de change qui reste très probable durant cette période électorale, poussée par un creusement du déficit budgétaire. Tenant compte du fait que le pays devra importer plus de 50% de ses besoins en aliments, la dépréciation de la monnaie nationale pourrait enclencher une augmentation des prix des produits importés.
En outre, il est probable que les prix des produits locaux particulièrement s’affichent à la hausse beaucoup plus vite cette année et dans des proportions plus considérables en novembre et décembre et en février et mars.
Enfin, avec la sécheresse qui ralentit les activités économiques en milieu rural, beaucoup plus de jeunes cherchent à migrer vers des endroits beaucoup plus cléments. Les grandes villes comme le Cap et Port-au-Prince sont les plus visées comme destinations. Cependant, les gens vivant le long de la frontière continuent à la traverser pour aller chercher du travail en République dominicaine.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.