L’écho de la COP21 – conférence visant à parvenir à un accord juridiquement contraignant et universel sur le climat afin de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2 ° C – qui se déroule actuellement à Paris, depuis le 30 novembre dernier, ne parvient que très faiblement au peuple haïtien. Accaparé qu’il est par d’autres thématiques de l’actualité beaucoup plus conjoncturelles. Or, les résultats de plusieurs études attestent que le phénomène des changements climatiques aura d’importantes répercussions sur les réalités socioéconomiques haïtiennes, notamment sur le secteur agricole qui représente environ 25% du PIB et qui emploie près de 60% de la population. En Haïti, le secteur agricole est la première victime et la plus touchée des secteurs quand survient un désastre. Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), datant de mars 2015, confirme que l'impact des catastrophes naturelles sur le secteur de l'agriculture et de ses sous-secteurs dans les pays en développement absorbe en moyenne 22% du total de l’impact économique causé par ces catastrophes naturelles. La situation est d’autant plus grave pour les agriculteurs haïtiens qu’ils n’ont pas de crédits et surtout pas d’assurances agricoles, encore moins d’assurances-récoltes, et, qu’à chaque fois, ils sont obligés de recommencer à zéro après avoir subi des pertes, faute d’accompagnement. Plus près de nous, soit le 3 décembre dernier, le « Global Climate Risk Index 2015 », qui établit le classement des pays ayant été les plus touchés par les impacts des phénomènes météorologiques (tempêtes, inondations, vagues de chaleur, etc.), place Haïti, en compagnie du Honduras et de la Birmanie, en haut de ce classement pour la période allant de 1994 à 2013. Malgré tous ces voyants rouges, le ministère de l’Environnement, dont le titulaire est à la tête de la délégation haïtienne, « n’a pas eu le temps » de consulter le secteur paysan – la première victime des catastrophes liées aux changements climatiques – dans le cadre de l’élaboration de sa Contribution Prévue Déterminée au niveau National (CPDN). Pire, aucun cadre du ministère de l’Agriculture n’accompagne la délégation haïtienne présente à la COP21, si l’on en croit Jean Fanfan Jourdain, responsable de la direction des changements climatiques au ministère de l’Environnement, qui nous a communiqué la composition de la délégation haïtienne. Pourtant, l’agriculture vient d’être déclarée priorité de l’exécutif, qui veut en faire le principal moteur de la relance de la croissance économique en y consentant des investissements publics massifs. Selon une étude menée par la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) et le bureau du Programme des Nations unies pour le développement en Haïti (PNUD) en partenariat avec le ministère haïtien de l’Environnement, « l’État doit incorporer l’adaptation aux changements climatiques dans tous les secteurs – tels : agriculture, santé et eau », les modifications du climat affecteront particulièrement l’agriculture, l’environnement et l’état de santé des gens vivant en Haïti. A titre d’exemple, en 2012, Haïti a été tour à tour frappée de plein fouet par une sécheresse extrême entre mai et juin, par la tempête tropicale Isaac en août et l'ouragan Sandy a traversé le pays en octobre, tuant environ 55 personnes et causant des dommages considérables à travers le pays. Les évaluations de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) avaient estimé à l’époque « qu’un million et demi de personnes étaient à risque d'insécurité alimentaire et que les dommages causés au secteur de l'agriculture par ces trois catastrophes s’élevaient à 254 millions de dollars américains.» Les conséquences directes des catastrophes naturelles sur le secteur agricole, selon la CNSA, sont les suivantes : baisse de la production, baisse de l’offre alimentaire (la disponibilité alimentaire) et augmentation automatique du nombre de personnes en insécurité alimentaire et nutritionnelle. Or, justement, dans le cadre des négociations, Haïti travaille sur le point « pertes et dommages » de l’accord. Les propositions et recommandations de l’équipe du ministre de l’Environnement, Pierre Dominique, en termes de mesures d’atténuation et d’adaptation, pour rendre moins vulnérable l’agriculture ne devraient pas tarder à se faire connaître. Entre-temps, 48 heures avant la clôture de la conférence climat, Laurent Fabius, président de la COP21 et ministre français des Affaires étrangères, a présenté, mercredi 9 décembre, aux 195 pays, une nouvelle version du projet d'accord climat, une version raccourcie à 29 pages (le précédent document faisait 48 pages). Elle comporte 75% de crochets en moins. Mais il reste encore de nombreux points à trancher comme la question de la répartition des efforts entre pays du Nord et du Sud ou celle des financements climatiques vers les pays du Sud.