Il y a une hausse d'anxiété parmi les nations insulaires à mesure que les effets du réchauffement continu de la terre deviennent plus évidents sur notre environnement physique. Les impacts négatifs découlant des changements dans les régimes climatiques dûs au réchauffement climatique comprennent la hausse des températures, des périodes prolongées de sécheresse, l'élévation du niveau de la mer, ainsi qu'une augmentation de la fréquence et de l'intensité des tempêtes, conséquemment des services affectés, les infrastructures et en principe les secteurs générateurs de revenus ; qui sont en grande partie axés sur les services et basés sur les ressources [naturelles]. Les îles avec des économies de sous-traitance ne sont pas à l'abri de ces effets, dont les inondations, qui se produisent fréquemment, provoquant également des pertes importantes. À long terme, cette situation peut être exacerbée par le niveau actuel de la consommation de combustibles fossiles et de l'urbanisation croissante avec l'expansion de la population. Avec le quadruplement du nombre de phénomènes météorologiques extrêmes au cours des 30 dernières années, les nations insulaires sont confrontées au défi de promouvoir le développement à long terme, tout en fournissant des flux financiers suffisants pour réduire les fragilités économiques et soutenir le renforcement de la résilience. En réponse à ces scénarios hétérogènes coûteux, le développement d’instruments de financement nouveaux et innovants autour de la mobilisation «ex-ante» devient de plus en plus pertinent. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), dans son quatrième rapport d'évaluation sur le changement climatique mondial, a établi que les climats sont en effet en train de changer, en raison des concentrations croissantes de gaz à effet de serre (GES) émises dans l'atmosphère. Le niveau mondial de la mer a augmenté entre 6 et 8 pouces durant les 100 dernières années et l’ensemble des glaciers de la planète disparaissent lentement. Les prédictions découlant du système de modélisation régionale du climat (MRC) indiquent que d'ici l'an 2090 dans la sous-région la température annuelle moyenne va augmenter entre 2,40 et 3,55 degrés Celsius. En outre, d'ici l'an 2100, le GIEC estime que le niveau des mers pourrait augmenter jusqu'à 20 pouces. La menace d'une hausse de 20 pouces du niveau des mers, l'augmentation des températures et la fréquence et l'intensité accrues des tempêtes en 2100 seront un désastre pour beaucoup d'économies côtières de la région. Le tourisme, le plus grand soutien économique de la région représentant environ 15% du PIB régional et 13% des emplois, est susceptible d'être fortement impacté. Plus significatif encore, il existe aussi un risque de perturbation grave de l'exploitation [agricole]; ce qui signifie des coûts cachés tels que les pertes de productivité et des coûts de réinstallation. Typiquement, dans la mise en œuvre des actions de réduction des risques, les Caraïbes s’appuient largement sur les fonds de subvention des pays développés et des prêts concessionnels des institutions financières internationales comme principale source de financement importante; comme il est souvent évoqué que dans la région, pour entreprendre toute activité de transformation, il doit y avoir une certaine contribution de la communauté internationale. Cependant, les petits États insulaires des Caraïbes en développement (PEID) ont progressivement connu moins de succès dans l’accès à l'aide publique au développement (APD), les flux d’argent provenant de donateurs bilatéraux traditionnels ne cessent de diminuer. Aggravant encore cette réalité des apports réduits est le fait que, malgré des mesures fiscales troubles, quelques îles seulement des Caraïbes satisfont aux critères pour être traités de pays éligibles à l'aide au développement, ce qui entraîne l'exclusion croissante d'une gamme de régimes de financement. Face à ces tendances, et compte tenu du fait que les PEID des Caraïbes actuellement allouent moins de 4% des dépenses fiscales à l'investissement en capital, la région doit, dans un effort pour maintenir et accélérer la durabilité environnementale, la stabilité de l'économie et de l'infrastructure sociale, développer des moyens innovants pour mobiliser l'investissement interne. Le Cadre d'action d’Hyogo et le Cadre de Sendai pour la prévention des catastrophes à la fois mentionnent que bien que les PEID sujets aux catastrophes méritent une attention particulière, chaque État a la responsabilité principale de son propre développement durable et doit prendre des mesures efficaces pour réduire les risques de catastrophe. Comme les cadres internationaux prônent de préférence la responsabilisation et que les donateurs se penchent pour la fourniture d'une assistance technique au lieu d'un soutien financier direct, la possibilité de tirer parti des actifs internes de la région afin que les Caraïbes puissent gérer ses propres vulnérabilités inhérentes marque une rupture avec l'approche typique au financement. L’une des explications avancées est que la région n'a pas la capacité humaine de développer des programmes à ce niveau compte tenu de leur complexité inhérente et de la difficulté à les surveiller et à les maintenir. Des opportunités peuvent exister mais, c’est à la région de se tourner vers l'élaboration de stratégies communes pour la réduction des émissions et de renforcement de la résilience sous la forme d'un système d'échange des émissions régionales (ETS). Ces types de programmes sont de plus en plus populaires avec 17 programmes d’échanges d’émissions domestiques différents existant à travers 35 pays qui représentent actuellement 40% du PIB mondial. Le développement de systèmes d'échange de carbone nationaux ou régionaux à travers le principe de plafonnement et d'échange peut aider les îles dépendant des secteurs des industries extractives ou manufacturières à forte intensité, et celles dont les économies sont basées sur l'exploitation de l'environnement naturel. La mise en œuvre d'un tel programme pourrait permettre la conversion des émissions de GES dans les recettes qui pourraient être ensuite utilisées pour des activités de renforcement de la résilience. Ce faisant, les pays peuvent commencer à tirer parti de leurs puits naturels, comme une mesure d'atténuation, et ce faisant, générer des revenus de ventes aux enchères qui pourront être utilisées pour financer notamment des initiatives d'adaptation. Toutefois, avant que la région puisse atteindre cet objectif, le processus d'identification des systèmes appropriés, les exigences légales et réglementaires, ainsi que les obstacles qui peuvent entraver la participation, doit être fait. Face à cette nouvelle ère de la variabilité du climat, le passage à une faible trajectoire de développement de carbone en créant des incitations pour éliminer la pression sur les forêts, l'expansion de l'industrie de l'énergie propre, et les secteurs non extractifs est une entreprise coûteuse tentante. Compte tenu des quelques exceptions notables à date, les Caraïbes doivent maintenant examiner les obstacles qui ont empêché le développement de ces types de mécanismes à travers la région. Tirer parti des atouts naturels de la région pour générer des revenus tout en allant de l'avant pour développer durablement, est actuellement une option largement inexplorée dans les Caraïbes, mais comme les marées tournent, c’est maintenant le moment opportun pour les PEID des Caraïbes d’explorer des approches novatrices pour financer le changement régional. Source : CARRIBEAN JOURNAL Traduction de Patrick SAINT-PRE