Le conseiller du secrétaire d’Etat américain Thomas Shannon et le coordonnateur spécial du dossier Haïti au département d’Etat Kenneth H. Merten multiplient les rencontres avec les acteurs politiques depuis leur arrivée le 5 janvier pour une mission de 48 heures. Pour la presse, il n’y a pas de conférence de presse en vue, a confié Carl Adam, porte-parole de l’ambassade des USA, mercredi soir. « Je ne sais pas s’ils vont quitter ou non le pays demain », a-t-il ajouté en milieu de soirée. Il faudra peut-être lire entre les lignes des changements éventuels au niveau de l’agenda de ces émissaires américains pour voir un peu plus clair, déterminer en quoi leur mission pourra au non faire bouger les lignes à Port-au-Prince.
Si, jusqu’à très tard cette après-midi, il n’y a pas eu de rencontre avec les sénateurs, ont confirmé les sénateurs Steven Benoît et Jocelerme Privert pour le journal, un peu plus tôt dans la journée, les diplomates américains de haut rang se sont entretenus avec les chefs de l’exécutif. « Shannon a rencontré le Premier ministre Evans Paul et le président Michel Martelly séparément », a confié une source à la Primature. Sans enfiler son costume de démineur ou de champion de « fuite » aussi dommageable que la bombe H, cette source a fermement « démenti » ce qui est plus qu’une rumeur persistante : le départ prochain de KP, le pompier de service du président Michel Martelly depuis un an maintenant.
Selon nos sources, il y aurait eu, sur l’application ou non des recommandations de la Commission d’évaluation électorale, de « profondes divergences de vue » ayant donné lieu à des « débordements inélégants » du président de la République à l’égard du Premier ministre. Sur la short liste des probables remplaçants, il y aurait des fidèles du président Michel Martelly. L’un est au secrétariat du palais national, l’autre à la chancellerie.
L’après Evans Paul, pas assez fort mais pas « pitimi san gadò » avec au moins deux sénateurs estampillés KID, se met en place. Tout devra se jouer, selon des sources au Champ de Mars et au Bicentenaire, dans les prochains jours avec la rentrée parlementaire pour le moins particulière du 11 janvier 2016. Des stratèges Tèt Kale voient Evans Paul out et remercié avec des fleurs et quelques larmes de crocodile.
La validation des pouvoirs des nouveaux députés ne devrait être qu’une simple formalité. « Ce sont les nouveaux députés qui mettront en place un bureau d’âge », a confié Youri Latortue, sénateur élu, candidat déclaré à la présidence du Sénat, comme Andris Riché, Franscisco Delacruz et Jocelerme Privert, a appris le journal d’un sénateur requérant l’anonymat. Les dix sénateurs devront rejoindre les 14 élus pour former l’assemblée, mettre en place un bureau d’âge pour organiser la séance, mettre en place un nouveau bureau afin de faire fonctionner le Sénat, a expliqué Youri Latortue.
Le petit jeu de séduction pour que deux sénateurs parmi les dix en fonction rejoignent les 14 sénateurs élus pour faire une séance s’intensifie. Pour le sénateur Edo Zenny, ce ne sera peut-être pas la peine de faire de la surenchère. Il est un allié de longue date du président Martelly, a gagé ce sénateur sous le couvert de l’anonymat. Sur la séance de validation, il y a un autre son de cloche. « C’est en séance plénière qu’on valide les pouvoirs. Pour tenir valablement une séance, il faut constater la présence de 16 sénateurs », a confié au journal le sénateur Jocelerme Privert, qui n’a jamais caché ses regrets face au dysfonctionnement du Parlement.
La validation des pouvoirs n’est pas une simple formalité, comme certains le prétendent, a expliqué, en off, un autre sénateur. L’élection d’un parlementaire peut-être contesté au Parlement même, pendant une séance de validation de pouvoir, a souligné ce parlementaire qui a révélé au journal la tenue d’une réunion ce mercredi après-midi entre le président Michel Martelly et le président du Sénat, Andris Riché, sur le retrait temporaire du numéro spécial du journal Le Moniteur « pour reproduction, sans préciser quel type d’erreur » contient l’arrêté présidentiel. Joint par le journal en milieu de soirée, le secrétaire général du palais, Jean Renel Sanon, ne pouvait pas répondre aux questions du journal. Il participait à une réunion.
Au moins une source proche du cercle fermé des diplomates a révélé au journal que des diplomates accrédités à Port-au-Prince seraient prêts à participer, le 11 janvier, à la rentrée parlementaire, sans tenir compte des couacs de ces élections, de la contestation. « C’est le vide institutionnel qu’ils veulent éviter. Ils veulent sauver les apparences. Pour le reste, ils s’en balancent », a expliqué cette source.
Les grandes manœuvres pour réussir la rentrée parlementaire malgré des élections incomplètes et une crise politique poursuivent d’autres objectifs que la mise hors-jeu du Premier ministre Evans Paul, dépourvu de légitimité tirée de l’Assemblée nationale. En sous-main, à pas feutrés, les Tèt Kale et leurs alliés AAA, KID, Bouclier se préparent à ratifier les conseils de la BRH, de la BNC, Godson Orélus, le directeur de la PNH, désigner et ratifier le nouvel état-major de l’armée, les juges de la Cour constitutionnelle, a détaillé ce sénateur qui se dit « peu surpris par cet appétit des Tèt Kale à faire cette mainmise rapide sur les différents leviers de pouvoir ».
Interrogé sur la rumeur d’une petite rallonge jusqu’au 14 mai pour le président Michel Martelly, le sénateur Youri Latortue a indiqué tranquillement que « nous ne pouvons pas prolonger la date du mandat du président ». Ce ne serait pas conforme à la Constitution de 1987 amendée stipulant que quel que soit la date de rentrée en fonction du président de la République, son mandat prend fin le 7 février de la cinquième année, a-t-il dit. Le sénateur élu Youri Latortue voit plutôt un Sénat concentré sur la formation des commissions pendant tout le mois de janvier, qui doit mettre la Chambre en état de fonctionner. « Je pense, personnellement, que l’aspect le plus important lors de la rentrée des sénateurs n’est pas encore le calendrier pour voter des lois », a indiqué Youri Latortue, qui ne voit pas le Sénat effectuer toutes ces ratifications avant le 7 février, comme on le prétend. « Ce n’est pas vrai », a tranché Youri Latortue, l’une des personnalités politiques influente au Parlement au sein duquel peut sortir, selon la Constitution, un président provisoire, en cas de vacance présidentielle à la quatrième année du mandat. C’est l’Assemblée nationale dans ce cas-ci qui vote le président provisoire. Le cas du président Martelly est loin derrière. Il finit dans quelques semaines son mandat.
Personne ne sait, alors que le jeu de séduction et de lobbying se joue dans le montage de bloc, de majorité. Les nouveaux élus n’ont pas chômé. Dans les coulisses des discussions, les noms de Jerry Tardieu (Verite) et de Cholzer Chancy -qui rempile pour un nouveau mandat- sont cités comme les adversaires potentiels à l’élection pour mettre en place le bureau de la Chambre basse.
Entre-temps, mercredi soir, alors qu’il était difficile d’avoir une double confirmation de la tenue d’une rencontre entre les diplomates Thomas Shannon, Kenneth Merten avec Jude Célestin, le candidat de Lapeh, l’arrêté présidentiel convoquant le peuple dans ses comices le 24 janvier a été publié dans le journal officiel Le Moniteur. A ce stade, personne ne sait si ces élections rejoindront celles du 18 janvier 1988 ayant porté Leslie Manigat au pouvoir dans l’indifférence. Pour le moment, alors qu’on est au temps des grandes manœuvres, rien n’indique que l’on soit sur le chemin de l’apaisement entre les forces politiques en présence, observé par une population dépitée, trop occupée à la survie au quotidien avec une inflation galopante et la décote de la gourde…
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