Plaqué au sol, le slip baissé, les fesses à l’air, un jeune homme hurle le nombre de coups de fouet reçu d’un policier en uniforme, à l’intérieur d’un commissariat. En sueur, apeuré, il regarde un compagnon d’infortune recevoir des coups de pied au cul. Par moments, le policier, uniforme d’unité spécialisée (genre UDMO), pose son pied sur la nuque du jeune homme pour l’immobiliser sur le parquet en céramiques blanches fraîchement posées, en face d’un bureau qui semble être celui d’un chef de poste.
Les scènes de torture, de traitement dégradant sont filmées pendant de longues minutes avec un smart phone. Les policiers parlent, l’un d’eux se baisse. Le cadrage ne permet pas de voir le visage de ces hommes en uniforme qui marchent à pas résolus sur les traces des marines d’Abou Ghraïb en Irak, des tortionnaires des Casernes Dessalines au temps de la dictature des Duvalier. La vidéo, entre mardi et mercredi, est devenue virale sur les réseaux sociaux.
« Il s’agit-là d’une pratique qui rappelle l’usage des fouets du commandeur de l’époque esclavagiste, d’un acte que le droit international des droits de l’homme qualifie d’acte de torture, de traitement inhumain et dégradant », a indiqué le G 8 dans un communiqué de presse. Le G 8, structure regroupant des candidats à la présidence, a indiqué qu’un des deux jeunes hommes est « Johnny Charles de Koridò Bastya », « un militant bien connu ». L’autre aussi est un militant, a indiqué le communiqué, muet sur les circonstances de l’arrestation de ces derniers.
« Le G-8, choqué et révolté, en appelle à des sanctions et au respect des engagements internationaux pris par Haïti », lit-on dans ce communiqué de presse dans lequel il condamne les actes de violence des dernières manifestations « pour dénoncer le coup d’État électoral et exiger la démission des membres du CEP ». Le G 8 a aussi appelé à la vigilance pour éviter les infiltrations.
En tout temps, la police se désolidarise de la torture. Dès qu’une personne est maîtrisée, le policier n’a nul droit de la maltraiter, ni d’user de la force excessive en fonction de son humeur ou sur le coup de la colère, a expliqué le commissaire Frantz Lerebours, porte-parole de la PNH. L’inspection générale est en train de visionner cette vidéo pour l’authentifier et pour savoir s’il ne s’agit de quelque chose qui s’est passé il y a longtemps qu’on est en train d’utiliser pour raviver des tensions dans un contexte un peu survolté, a expliqué Frantz Lerebours. Droit dans ses certitudes quant au sort qui sera infligé, conformément au règlement de discipline générale et au Code pénal, si un policier (ou plusieurs) se serait rendu coupable de ce forfait, le commissaire Frantz Lerebours dit attendre l’enquête. Le Premier ministre Evans Paul, jeudi, sur radio télé Métropole a indiqué que les premiers éléments d'information indiquent que cet incident s'est produit à Arcahaie il y a plusieurs semaines. Pas ces derniers jours. Pas à Port-au-Prince, a expliqué Evans Paul qui a condamné avec fermeté la torture, lui même ex-victime de torture quand il était militant politique dans les années 80.
« C’est une horreur. C’est révoltant, vraiment révoltant. Je ne peux pas comprendre comment des êtres humains peuvent traiter d’autres êtres humains de cette manière. Je ne peux pas comprendre, après avoir fait tant de formation sur les droits de l’homme, sur la convention contre la torture et les autres traitements inhumains et dégradants pour les policiers que certains en arrivent à se rabaisser à ce niveau-là. C’est bestial», a confié, indignée, Florence Élie, la protectrice du citoyen qui, comme la police, attend les détails de l’enquête. Il y a beaucoup de trucs qui circulent sur les réseaux sociaux. Il faut établir l’authenticité de cette vidéo, a aussi indiqué Florence Élie. « Je fais confiance à l’inspection générale pour enquêter, pour réagir. Si c’est établi que ce sont nos policiers, en général, « c’est un piétinement de la dignité humaine » » et l’inspection générale ne blague pas avec les choses sérieuses, a-t-elle confié au journal ce mercredi.
Pierre Espérance, coordonnateur du Rnddh, a qualifié d’inacceptable la torture de ces deux jeunes par des policiers dans l’enceinte d’un commissariat. L’inspection générale et la direction générale de la PNH doivent identifier ces policiers fautifs pour qu’ils soient sanctionnés conformément à la loi. Il y a des actes commis de 2012 à aujourd’hui par des agents de la PNH qui ressemblent à ceux perpétrés entre 2001 et 2004, a expliqué Pierre Espérance. La police ne doit pas prendre de position politique dans la crise. Elle doit faire son travail dans le respect de la loi, a soutenu Pierre Espérance, qui appelle les manifestants à s’exprimer pacifiquement. Même l’administration Martelly, le CEP la provoque avec cette mascarade électorale qu’il veut organiser le 24 janvier 2016. Il a condamné les actes de violence et les casses.
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