Entre deux rendez-vous, l’ambassadeur Ronald Sanders, chef de la « mission d’évaluation » de la crise haïtienne dépêchée en Haïti par le Conseil permanent de l’OEA; a confié, mercredi après-midi, que la « situation est très délicate ». A quelques jours de la fin du mandat du président Martelly; le 7 février, en l’absence d’un large consensus entre les acteurs haïtiens pour s’assurer de la continuité de l’Etat et de la poursuite du processus électoral, « la situation est très délicate », a-t-il martelé dans un entretien exclusif au journal dans les bureaux de l’OEA, immeuble Hexagone, Pétion-Ville.
« Vous avez un problème imminent », a insisté le diplomate, qui, il y a quelques jours, avait appelé le Conseil permanent de l’OEA à agir, à se rendre utile pour éviter un bain de sang en Haïti. Tous les acteurs s’entendent sur « l’urgence » de trouver un mécanisme pour gérer les affaires de l’Etat après le 7 février, a dit Sanders, qui a rencontré, outre le président Michel Martelly, le Premier ministre Evans Paul, les présidents du Sénat Jocelerme Privert, de la Chambre des députés Cholzer Chancy, des sénateurs de toutes tendances, les représentants du forum économique, Maryse Narcisse de Fanmi Lavalas, Mirlande Manigat du RDNP, des personnalités de la société civile.
Ronald Sanders a indiqué que certains acteurs haïtiens rencontrés veulent que cette solution soit autant que possible respectueuse de la Constitution. D’autres ont reconnu que le dilemme auquel le pays est confronté requiert un consensus politique tout autant que la question constitutionnelle. « La manière avec laquelle on me l’a dit c’est qu’Haïti est confrontée à une situation exceptionnelle qui requiert une solution exceptionnelle », a détaillé le chairman du Conseil permanent de l’OEA, soulignant qu’il appartient uniquement aux Haïtiens de trouver cette solution.
Le diplomate confie avoir « entendu les critiques » formulées contre l’OEA après que sa mission d’observation électorale a donné le visa d’acceptabilité au scrutin largement décrié du 25 octobre. « J’ai entendu ces critiques et je les rejette », a affirmé fermement le diplomate, rappelant que l’OEA, invitée par les autorités haïtiennes, a fait un travail d’observation électorale « professionnel », « objectif » et « transparent ». « Ce sont des gens professionnels et honnêtes qui ont fait ce travail », a-t-il dit. « Dans tout, il y a des gagnants et des perdants. C’est une réalité de la vie que les perdants trouvent un bouc-émissaire à blâmer pour leurs échecs », a affirmé Ronald Sanders. Il a rappelé, un tantinet agacé, que « l’OEA n’a aucun intérêt à interférer dans les affaires haïtiennes ».
« L’OEA, a-t-il souligné, n’est pas une organisation monolithique avec une idéologie ». Elle compte 34 Etats indépendants avec différentes positions et visions sur le monde. Lorsque l’OEA prend une décision, elle la prend sur une base consensuelle. 14 pays de la CARICOM, membres de l’OEA, n’ont aucun intérêt à interférer dans les affaires du pays. « Notre seul intérêt est le progrès et l’avancement d’Haïti et du peuple haïtien », a expliqué Ronald Sanders. L’OEA est un ami d’Haïti et veut rester un ami d’Haïti. Sachez que l’OEA fait bien plus que travailler sur les élections. Il y a aujourd’hui plus de six millions de personnes qui ont des cartes d’identification électorale grâce à un investissement de 20 millions de dollars de l’OEA, a détaillé le diplomate. C’est un exemple, a-t-il souligné. L’OEA restera engagée vis-à-vis d’Haïti. Elle sera à l’écoute de besoins exprimés par le peuple haïtien à travers ses représentants, a affirmé le diplomate. Il a lancé un appel au calme à l’endroit du peuple Haïtien qui doit encourager ses représentants à trouver une solution collective sur la manière de gérer le pays tout en s’assurant de conclure le processus électoral.
La mission, une fois retournée à Washington, présentera un rapport qui reflète exactement ce que les parties ont dit à cette mission », a dit Ronald Sanders. C’est par un appel téléphonique que le président Michel Martelly avait sollicité l’OEA. Il n’y avait pas de lettre. La décision de dépêcher cette mission d’évaluation, son mandant, a été prise par le Conseil permanent de l’OEA, selon Ronald Sanders.
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