Il faut se taper les escaliers. « C’est au cinquième étage », informe avec un sourire d’encouragement une hôtesse à des invités à la cérémonie de remise de chantier du ministère de l’Intérieur et des Collectivités, jeudi 4 février 2016. Les trois ascenseurs de cet immeuble de 9 étages, conçu sur 8500 m 2 pour loger 18 services, ne sont pas opérationnels. En fait, il faudra attendre la finition des travaux pour que ce ministère puisse occuper les lieux. Pour les besoins de la communication gouvernementale, il fallait, au plus vite, créer les conditions pour que Michel Martelly puisse inaugurer ce bâtiment. On attend le président Michel Martelly, arrivé après plus d’une heure de retard, dans une grande salle où la température était à peine supportable. Pas de climatisation fonctionnelle. Pas encore. Ce n’est pas seulement ce qui manque. Ni le directeur de l’UCLBP, l’ingénieur Clément Bélizaire, ni le ministre de la Planification Yves Germain Joseph, maître d’ouvrage, n’étaient en mesure, au moment de la cérémonie, de communiquer le coût du chantier, entamé par Rofi, l’une des firmes de Feliz Bautista, homme d’affaires, homme politique dominicain qui traîne une casserole. « Je sais exactement ce que cela a coûté pendant que je suis là, en poste. A peu près 10 millions de dollars à l’OECC », a confié le ministre de la Planification, Yves Germain Joseph, ex-secrétaire général de la présidence avec, fort probablement, rang de ministre. Niet. Pas plus. Sur cette question et sur la prise ou non d’une police d’assurance pour le bâtiment, aucune réponse. « Il faut voir l’UCLBP. C’est elle qui a ce dossier », explique courtoisement Yves Germain Joseph. Pour Clément Bélizaire, c’est au MPCE qu’il faut trouver ces informations. Yves Germain Joseph, plus loquace dans son discours sur l’immeuble, a indiqué « les données techniques qui disent éloquemment que le bâtiment obéit à toutes les normes en cours pouvant garantir un niveau de sécurité appréciable en cas de catastrophe naturelle ou de secousse sismique d’une magnitude égale ou supérieure à celle qui a frappé Port-au-Prince et ses environs le 12 janvier 2010 », a expliqué le ministre de la Planification et de la Coopération externe qui dit aussi avoir apprécié le fait que « la firme OECC a changé complètement les matériaux retenus initialement par la firme dominicaine défaillante en des matériaux plus légers et résistants. » Des dispositions ont été prises de construire des cloisons et d’utiliser des matériaux plus légers pour réduire la charge du building. Yves Germain Joseph, qui considère l’immeuble comme un « poème de pierre », a tressé des fleurs de louange au président Michel Martelly pour sa vision d’inscrire Haïti dans la modernité. Pour le ministre, Haïti a fait un pas de plus vers le développement durable avec cet immeuble. Capable d’éloges envers son chef, le ministre de la Planification dézingue, tire sur ceux qui ne sont pas estampillés Tèt Kale, critiques vis-à-vis des roses. « Malheureusement, la collaboration de secteurs clefs de la société, engoncés dans leurs préjugés traditionnels, n’a pas été toujours au rendez-vous. Des pans entiers des secteurs économiques et politiques, prisonniers d’un traditionnalisme rétrograde, ont cassé vos élans et ce que vous portez d’amour pour une société », a-t-il dit. « Ils tiennent bon encore, ces faucons qui font penser aux rois aveugles de la Russie des tsars à faire souffrir la jeunesse, les femmes seules et les orphelins de la cité. Mais grâce à votre résistance contre ces enfants perdus d’une société dite démocratique, vous avez su quand même construire », a estimé Yves Germain Joseph dans sa tirade. Clément Bélizaire, directeur de l’UCLBP, n’avait pas mangé du lion au petit déjeuner. Il est resté ingénieur. « Ce nouveau bâtiment dont les travaux arrivent à terme est une autre preuve que le renforcement des institutions publiques et de l’administration des pouvoirs d’Etat pendant ces cinq dernières années est suivi d’actions », indiqué Clément Bélizaire. « L’UCLBP a exercé un contrôle responsable depuis la conception jusqu’à l’achèvement de l’exécution des travaux. Ainsi, elle voulait s’assurer que les nouvelles techniques développées en matière de construction soit scrupuleusement appliquées et que le bâtiment réponde aux standard d’un bâtiment moderne », s’est vanté le patron de l’UCLBP. Le président Michel Martelly a souligné que la situation d’Haïti depuis le séisme du 12 janvier 2010. « Je vois qu’on a un bilan. Je vois qu’on a fait des choses. Je regrette de n’avoir pas fait plus mais je suis fier de ce que nous avons fait ensemble. Pour ça, je dis chapeau à l’équipe », a lancé le chef de l’Etat en présence de diplomates et de fidèles parmi les fidèles ministres du gouvernement.Michel Martelly a aussi été très élogieux à l’égard des pays amis d’Haïti. « Je voudrais prendre une minute pour saluer la collaboration avec les pays amis d’Haïti. Souvent on parle d’ingérence des pays amis avec des termes qui ne sont pas toujours gentils. Moi je dis un gros merci à la coopération », a dit Michel Martelly, qui souligne que des fonds de PetroCaribe ont été dépensés dans la construction de cet immeuble dont on ne connaît pas encore le coût.