Des hommes en treillis, certains armés de fusil M 1, de fusil à pompe calibre douze et d’armes de poing, ont circulé à moto et en pick-up dans plusieurs communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ce vendredi 5 février 2016. L’un d’eux a été lapidé par des manifestants dans les parages du palais national. Ces hommes en tenue militaire avaient tiré sur une manifestation de l’opposition, ont rapporté des témoins. Sur les réseaux sociaux, les photos et vidéos de cette présence sont devenues virales. Dans le réel, loin de la Toile, les agents de la PNH ayant croisé la route de ces hommes armés ont détourné le regard, comme si tout était normal, comme si ces hommes en vert étaient invisibles. Si les lois de la République sur le trouble à l’ordre public et le port d’arme sont encore en vigueur, certains, perplexes, se demandent pourquoi la PNH a adopté ce comportement. Jusqu’en milieu de soirée, le CSPN, chef politique de la PNH, n’a pas partagé sa lecture et les actions envisagées par rapport à ce déploiement, à moins de 48 heures de la fin du mandat du président Michel Joseph Martelly. Pour certains, partagés entre stupeur, peur, amusement de voir ces gens armés défiler dans un « pays spécial », la présence de ces hommes dans les rues de Port-au-Prince n’est pas un simple hasard. Oui, pourquoi maintenant ? C'est la question à un million de dollars. Est-ce qu’on veut créer la pagaille pour ne pas laisser de traces d’une gouvernance reprochable au CNMP, à l’UCREF, à l’ULCC ? Est-ce que le déploiement de ces hommes armés, dont des jeunes qui ne sauraient être d'anciens militaires en considérant que l’armée a été démobilisée en 1994, participe d' une stratégie politique? Est-ce qu’on est dans une stratégie d’équilibre de la terreur par rapport aux menaces de déchoukage qui planent sur des proches du pouvoir ? Est-ce que des pontes Tèt Kale qui tirent les ficelles de ces hommes verts, de véritables étincelles, seraient prêts à mettre le feu aux poudres ? Sommes-nous conviés par les bientôt ex-chefs et les probables nouveaux chefs à assister à l’horreur de la politique pire et du pire de la politique ( comme l'avait dit Frantz Duval) dans la conquête du pouvoir dans un pays dont l’économie coule à pic ? Pour avoir brandi le spectre du chaos politique afin de rester au pouvoir, Michel Martelly et ses faucons créent-ils les conditions pour que l’affrontement soit inévitable, que le déchoukage redouté soit un passage obligé, juste pour jeter le blâme sur l’opposition, juste pour dire «je vous avais prévenu» ? Martelly et les néo-Duvaliéristes, trente ans après le départ de Jean-Claude Duvalier le 7 février, projettent-ils de laisser un cigare allumé dans les deux bouts au pays parce que les problèmes du pays, comme l’avait dit le chef de l’Etat sortant, ne seront plus ses problèmes ? Pour l’instant, sans connaître les réponses à ces troublantes questions, il est simplement évident que ce déploiement corse la situation déjà compliquée d’une transition politique à initier qui aura le défaut, en dépit des bonnes volontés, de ne pas faire l’unanimité. Et dans ce climat de lourdes appréhensions pour l’avenir du pays, la confrontation, peut-être souhaitée par des Tèt Kale, militaristes convaincus, ex-militaires eux-mêmes, n’est pas une solution de sagesse. Elle justifiera pour un bout de temps encore la présence des forces onusiennes dont les chars blindés ont été vus en faction devant le Parlement et la Primature vendredi après-midi alors que des résidents de Port-au-Prince rentraient chez eux en toute hâte. S’il est juste de dire non au dechoukage, à cette fausse expiation, il est urgent de dire halte-là aux apprentis sorciers, aux pyromanes qui, entre autres choses, ont déjà mis le pouvoir d’achat de la population sur le grill. Le président Michel Martelly, contrairement à ce qu’il pourrait penser, sera tenu devant l’histoire pour l’un des principaux responsables pour de probables casses et de pertes en vie humaine. Il sera responsable de ce qui se passera dans le pays longtemps après le 7 février s'il ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour tenir en leste les provocateurs et le « bad boy » qu’il y a en lui. Alors que le pays retient son souffle, il serait bon que l’on ne joue pas avec le feu. D’un côté comme de l’autre…