Samedi 6 février 2016. La fin de mandat du président Michel Martelly dans les prochaines 24 heures alimente les discussions dans cet autobus « pappadap » assurant le trajet Port-au-Prince-Gonaïves. Comme dans les véhicules de transports en commun, aussi bruyant que le café du commerce, les opinions sont exprimées avec liberté, dans un parfait mélange de sarcasme et de gravité par rapport à l’avenir du pays. D’autant que la veille, dans la capitale et ses environs, des hommes en treillis, armés de fusils M1, de fusil à pompe calibre 12 et de pistolets, défilaient à la barbe de policiers sages comme des images. Dans le bus qui, après Cabaret, sur la nationale # 1, traversait les bananeraies, personne ne soupçonnait l’innommable. Mais à Bercy, des hommes armés, sortis de nulle part, ouvrent le feu sur le bus. Il était autour de 11 heures 30, raconte un stagiaire de la rédaction du Nouvelliste, qui se rendait aux Gonaïves. Le chauffeur accélérait et les passagers hurlaient pour qu’il s’arrête alors que les bandits armés, certains encagoulés, vidaient leurs chargeurs. « Je suis touché à la jambe, je suis touché à la jambe », hurlait le conducteur. Une fois le véhicule immobilisé, les bandits ont braqué et pillé les survivants. « Ils ont pris mes deux téléphones », souligne notre collaborateur, sonné, à la merci de ces bandits. L’odeur de poudre, de sang frais montait. Deux personnes sont mortes. Deux autres étaient grièvement blessées. Il y avait plusieurs blessés, explique le jeune journaliste. La peur au ventre, livré à ces assassins sous un ciel bleu clair, les bandits ont mis le feu au véhicule. Le cadavre de l’une des victimes, à côté de la portière, a été carbonisé. « J’étais avec deux autres passagers quand les bandits nous ont intimé l’ordre de courir et de ne pas regarder derrière au risque de recevoir une rafale », raconte l'étudiant finissant en communication sociale à la Faculté des sciences humaines. Il a marché dans les bananeraies avant d’arriver à St-Médard, non loin du centre-ville de l’Arcahaie. Là aussi, les bandits armés avaient laissé désolation mais n'ont pas fait de victimes au sein de la population. Le sous-commissariat, à la lisière de la route nationale numéro 1, a été incendié. Une maison de transfert d’argent et une caisse populaire ont été attaquées. La police est aux abonnés absents. Les bandits, libres comme le vent, ont érigé des barricades en pierre sur la route. Des casques bleus, des agents de la BOID sont intervenus par la suite. Samedi, au niveau de Cabaret, des policiers apeurés, informés de ce qui s’est passé, se sont contentés de déconseiller l’usage de ce tronçon à des automobilistes qui se rendaient sur la Côte-des-Arcadins, une zone à forte concentration d’hôtels. Dans une note de presse rendue publique le 10 février 2016, l’association nationale des caisses populaires haïtiennes (ANACOPH) a fait part de sa consternation après l’attaque de la « Kes Popilè Kabare » PPK. « Cet acte odieux et malsain met en péril les efforts consentis par les masses de se mettre ensemble en vie de trouver un mieux-être dans le pays où le crédit au plus démunis est un luxe », a indiqué la note qui presse les autorités policières et judiciaires à faire tout ce qu’il pour que les auteurs ces actes soient punis conformément à la loi. L’ANACOPH, dans cette note signée par le président du conseil d’administration, invite également les autorités à garantir la sécurité pour que la population puisse vaquer à ses activités tranquillement.