Couronnée pour l’album « For one to love » dans la catégorie « Best Jazz vocal album » (Meilleur album vocal de jazz), la jeune femme de 26 ans a remercié sa famille et ses talentueux musiciens dans un discours ému lors de la cérémonie officielle qui se déroulait le lundi 15 février 2016 à Los Angeles. « Merci beaucoup, c’est fou ! Je dois avant tout remercier tous ceux qui m’ont aidée à faire de la musique, mes musiciens, mon manager qui m’a introduite à ses musiciens, mon label pour avoir cru en notre musique. Je dois remercier ma sœur et mon père qui m’ont toujours encouragée et supportée durant toutes ces années. Et plus que tout, je dois remercier ma mère qui a toujours été à mes côtés, qui me forçait à jouer du piano quand j’avais 3 ans et à continuer jusqu’à mes 18 ans, qui m’a encouragée à aller vers le jazz. Merci, Maman, ce Grammy est pour toi », s’est exclamé Cecile, sanglot d’émotion dans la voix, sur le stage immense du Staple Center, à Los Angeles. Contacté au téléphone par Ticket, Fred Paul, par qui la nouvelle nous est arrivée, est très heureux et très fier de la jeune femme. Celui qui a fait découvrir la virtuose aux Haïtiens n’a que des éloges à tarir sur Cecile : « Cecile est un talent extraordinaire, je n’ai jamais eu aucun doute là-dessus. L’année dernière, elle avait raté l’award, mais je savais bien que ça n’allait pas tarder à arriver. D’ailleurs, être nominé déjà, surtout dès son premier album, est un grand accomplissement. Je la connais depuis très jeune, le temps où elle faisait de l’opéra ; je suis un proche de la famille, sa première chanson, c’est à mon studio qu’elle l’a enregistrée. Quand je l’ai amené pour la première fois en Haïti, je voulais qu’elle connaisse ses origines. J’ai toujours su qu’elle atteindrait le top, c’était juste une question de temps. Je reste aussi persuadé que cela n’arrivera pas qu’une fois. C’est un prodige ! Cecile a le talent et ensuite elle travaille dur. Elle ne prend pas la route la plus facile. Des fois, elle découvre des chansons qui sont plus âgées que son grand-père ; elle aime beaucoup le challenge musical. On est content, on va trinquer ce soir. Je suis vraiment très, très, très, très content, c’est un rêve devenu réalité. Je suis très fier qu’elle ait le sang haïtien en elle. Mon pays a bien besoin que des bonnes choses comme celles-ci lui arrivent plus souvent. » Milena Sandler et Joël Widmaier, organisateurs du Festival de jazz en Haïti, sont eux aussi heureux que la jeune Cecile ait remporté le Grammy Award du Meilleur album vocal de jazz. « Nous sommes très fiers qu’elle ait gagné ce prix. Personnellement, j’en suis heureuse. Je pense que c’est une très grande chanteuse, toute jeune. Elle a déjà beaucoup fait à son jeune âge, je crois qu’elle a un grand avenir devant elle », affirme Miléna. De son côté, Joël pense que ce n’est que le début pour la carrière de la chanteuse. « Bon bagay ! C’est d’abord quelque chose d’agréable pour Cecile elle-même qu’elle ait remporté ce prix. Pour une artiste qui vient de commencer, c’est extraordinaire. Elle s’est révélée talentueuse, très vite elle est montée dans les charts. Sa carrière va exploser avec ce Grammy !!! Il sera difficile de l’avoir en Haïti. Quand des artistes parviennent à ce stade, il se révèle difficile de les faire rentrer au pays. C’est quand même agréable pour nous autres Haïtiens. Nous sommes fiers d’elle. Elle est bourrée de talents, une voix, une manière de chanter à la façon des années 40, à la Billie Holiday qui n’est pas très répandue de nos jours. C’est d’ailleurs ce qui fait sa force. Cecile se distingue d’ailleurs dans la génération actuelle de jazz. Elle a une technique de voix extraordinaire. C’est ce qui lui a fait remporter ce prix probablement… » Gagnante du Premier Prix du concours de jazz vocal Thelenious Monk en 2010 », digne héritière et férue du jazz vocal, Cecile McLorin Salvant, celle qui idolâtre Billie Holiday, Ella Fritzgerald et Sarah Vaughan, anciennes gloires, modèles et divas incontournables, reconnaît pourtant que le jazz, expression musicale ouverte à toutes les cultures, n’est pas exempte d’évolution. Avec des accompagnateurs de génie, dont Paul Sikivie (à la basse) et Aaron Diehl (au piano), Cécile, 26 ans, partage son succès sur des scènes prestigieuses à l’occasion de grands festivals de jazz. Elle jouit d’une belle popularité en Europe et aux États-Unis, où elle se produit dans des clubs, salles de spectacles et festivals avec des musiciens de renommée comme Jean-François Bonnel, Aaron Diehl, Rodney Whitaker, Dan Nimmer, Jonathan Batiste, Jacky Terrasson, Archie Shepp... Elle chante pour la deuxième année consécutive pour la campagne publicitaire de « Chance» de Chanel. Cecile a aussi été l’invitée de Wynton Marsalis et son Orchestre Jazz au Lincoln Center. « C’est une excellente surprise », s’exclame Fritz Joassin, grand amateur de jazz. « Je suis fier de Cecile, fier de l’artiste extraordinaire qu’elle est, fier de l’Haïtienne qu’elle est, et je suis très content pour Fred Paul aussi ! Sa tante et moi sommes voisins, donc je la connais depuis toute petite. Pour moi, Cecile est carrément une révélation. Elle a gagné en maturité et devient de plus en plus une vedette internationale. De temps en temps je l’écoute sur des sites de jazz et cela me fait toujours très plaisir. Félicitations à la famille et bravo, Cécile ! », termine-t-il, le ton enjoué, heureux pour l’artiste. Les commentaires de félicitations ne se sont pas fait attendre sur Facebook et Twitter. Tous s’empressaient de partager la nouvelle. Emmelie Prophète Milcé, directrice générale du Bureau Haïtien du droit d’auteur, a elle aussi envoyé ses compliments à la jeune femme. « Félicitations à Cécile avant tout et merci de représenter Haïti avec autant de brio. Je pense que c’est une très, très grande chanteuse dans le registre du jazz et de la chanson en général. Je pense aussi que c’est une très bonne nouvelle pour Haïti, comme on n’en n’a pas depuis quelque temps. Avec le festival haïtien de jazz qui vient de fêter ses dix ans, Cecile nous fait de plus en plus honneur. » Réginald Policard a aussi pris le temps de féliciter la chanteuse. « Cecile est une valeur sûre, une grande chanteuse de jazz, une chanteuse exceptionnelle. J’ai eu l’occasion de la voir sur scène deux fois en Haïti et au niveau musical elle est extraordinaire. Ce n’est pas étonnant qu’elle ait reçu ce prix, ce n’est pas un hasard non plus. Elle le mérite grandement ! » De père haïtien, Cécile McLorin Salvant est née et a grandi à Miami, en Floride. Elle a commencé ses études de piano classique à 5 ans, peut-on lire sur son site, et ceux de chant à 8 ans. Elle s’est très vite intéressée au chant lyrique et a commencé à étudier avec des professeurs privés, puis plus tard avec Edward Walker, enseignant à l’Université de Miami. En 2007, Cécile est partie à Aix-en-Provence pour étudier le droit et le chant lyrique et baroque au Conservatoire Darius Milhaud. C’est à Aix, avec le professeur et musicien Jean-François Bonnel, qu’elle a découvert l’improvisation, ainsi que le jazz instrumental et vocal. En 2009, après une série de concerts à Paris, l’artiste a enregistré son premier album, «Cécile», avec le Jean-François Bonnel Paris Quintet. Un an plus tard, elle remportait le concours Thelonious Monk à Washington DC. Elle a suivi des études musicales à la New School de Manhattan, avec Jane Ira Bloom, Bill Kirchner, Hugo Goldenzweig, et Amy Burton. Cecile interprète des chansons peu jouées et rarement enregistrées en essayant de mettre en valeur leur aspect théâtral. Montures aviation blanches, crâne rasé, robe fleurie et sourire éclatant, la jeune femme n’a pas pu retenir la joie et l’émotion qui se dégageaient de son visage. Des heures de travail énorme étaient finalement récompensées ! Cecile McLorin Salvant vient d'entrer dans l’histoire. Bravo !