Quand à 22 ans il abandonne l’université pou s’adonner à sa vraie passion, JPerry avait fait un choix déterminant pour le reste de sa vie. « J’avais décidé de suivre la voie qui était faite pour moi. Je comprenais à peine qui j’étais et je voulais m’épanouir pleinement ». Pour certains, surtout en Haïti, ce n’aurait certainement pas été le choix le plus judicieux. « Mais pour moi, apprendre un métier avec lequel je n’allais jamais travailler était tout simplement un gros mensonge. Un gaspillage aussi. De temps, d'énergie, d’argent. Je l’ai fait pendant trois ans, ensuite j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancé dans ma carrière solo », raconte l’artiste les yeux brillants. « Ma famille m’a toujours supporté dans ce sens. Je suis chanceux. Ma mère avait voulu que je termine ma dernière année d’université mais j’étais contre. Et elle a compris. Aujourd’hui, toutes ces décisions ont un sens. Mon choix en valait la peine », affirme-t-il.
Sur la terrasse de l’hôtel, les serveurs tournent discrètement autour de l’artiste. JPerry n’a plus rien à envier aux plus grands de nos stars. Très connu depuis son mégahit « Dekole » en featuring avec le rappeur Izolan, ce petit bout d’homme gentil et souriant n’a pourtant pas la grosse tête. « M p ap janm panse ke m fin rive. Ce mot n’existe pas dans mon vocabulaire. M p ap janm panse tou ke m fin konnen. J’aurai toujours à apprendre, j’aurai toujours besoin d’un plus petit que moi, et j’aurai toujours besoin de conseils. » Ce qui nous ramène à toutes ces collaborations qui ont maintenant la voix et le flow particulier de JPerry. Déjà pour le début de l’année, deux chansons qui portent sa signature sont en rotation sur les ondes du pays dont ''Aba Blabla'', le single qui annonce son deuxième album, en collaboration avec Gardy Girault et BIC.
« ''Aba Blabla'' pour moi est en passe de devenir un vrai hit », confie Jonathan, le sourire aux lèvres, comme un père fier qui raconte les exploits de son nouveau-né. « Gardy a fait un travail extraordinaire avec le beat et ne parlons même pas de la plume de BIC. Quand je l’ai appelé pour lui faire part de l’idée de la musique, il était très emballé. J’avais déjà le refrain et il a complété avec les couplets. C’est comme si BIC était dans ma tête. Il a accouché exactement de ce que je voulais et la musique a déjà un succès fou. Tout le monde peut se rapporter au texte, le refrain est facile et le beat est catchy. Je dois juste me concentrer sur la promotion, même si je crois aussi qu’elle peut faire la route toute seule. Ces derniers temps je suis tellement pris dans la préparation de mon album que je n’ai presque plus le temps pour rien d’autre. » Mais la vidéo de ''Aba Blabla'' est pour bientôt, promet-il.
Entre « Anyway » qui avait frappé fort avec sa vidéo originale, « Ti Pam Nan » avec Mikaben sortie en décembre 2014 et qui fait encore son chemin, « Konplike » avec le groupe Akoustik, « Aba blabla », sans compter le carnaval avec T-Micky cette année, il est difficile de ne pas tomber sur une chanson de l’artiste ces derniers jours. « Je n’ai aucun problème à collaborer avec n’importe quel artiste. J’adore ça. Si je dis non pour une collaboration soit c’est parce que je suis certain que je ne pourrai rien apporter de plus à la chanson, soit je ne la sens pas. Fok gen vibe. Fòk mwen santi ke m pral fè mizik la vin n pi bon. Sinon m pap ladann », explique le poulain de Joe Mignon, son manager depuis le tout début. « Avec Akoustik, on s’entend très bien. C’est comme Bob Marley & The Wailers, par exemple. C’est JPerry et Akoustik. Pour certains contrats, je me déplace avec eux et ils jouent avec moi. On est une paire. Je m’entends bien avec eux ; le courant passe bien au niveau musical. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a sorti ''Konplike'' ».
Pourtant, le chanteur n'a rien d'une personne "konplike". Ce matin encore il ne déroge pas à son éternel simplicité. Son maillot noir cou V, rehausse sa peau hâlée et ses verres à la mode lui confèrent un faux air de geek. Un bracelet en bois, une montre sans ornement et un marine tag au cou complètent son look clean and fresh. Il est 10 heures 30 du matin, D’habitude la star est encore au lit à cette heure là. JPerry est un couche-tard. Pour l’entrevue, je me rappelle encore de son « le plus tard serait le mieux ». Mais j’ai quand même réussi à le tirer du lit bien avant 11 heures. Un exploit dont je suis fière. Pas une journée ne se passe sans que le chanteur-compositeur ne touche à sa musique. Avant la préparation de son deuxième opus, il allait aussi au gym, d’où ses six-packs qui font rêver plus d’une. « Je dois recommencer le gym, pourtant », avoue-t-il, en rougissant un peu, la timidité reprenant le dessus. Il regardait parfois un film, rencontrait ses amis et retournait plus tard au studio. « Ma vie n’est pas complète sans musique. » Il sort aussi de temps à autres, pour savoir ce qui est à la mode, les nouvelles tendances musicales, même si passer incognito en boîte n’est pas toujours évident.
D’ailleurs, sa notoriété de star nationale n'a pas toujours joué en sa faveur. En novembre 2014, par exemple, des hommes armés cambriolent sa maison. Il passe 40 minutes avec une arme pointée sur sa tête, sa vie ne tenant qu'à un cheveu. "Ils pensaient que j'avais de l'argent. Beaucoup d'argent. Je ne sais pas si c'est parce que je suis un artiste et que j'ai plein de vidéos à la télé, mais ils s'étaient mis en tête que j'étais plein aux as. J'avais un peu de cash chez moi ce jour-là ; je le leur ai donné, mais ce n'était pas suffisant. C'était un moment terrible... les 40 minutes les plus longues de ma vie. Heureusement que j'en suis sorti vivant", raconte l'artiste en secouant la tête, comme pour chasser les mauvaises images de son crâne peu garni.
L’aventure Zumba
Pour l’artiste, l’association avec Zumba est la meilleure chose qui soit arrivée à sa carrière. « Beaucoup de portes se sont ouvertes, beaucoup d’opportunités se sont présentées et je dois dire que c’est grâce à mon manager Joe Mignon et sa femme Edmée Chèredieu qui avaient déjà les contacts. C’est aussi grâce à cela que j’ai rencontré Claudia Leitte au Brésil, avec qui j’ai fait le remix de ''Dekole'' et qui chante partout ma musique. Grâce à Zumba, des milliers de gens de contrées différentes écoutent mes œuvres et je ne peux qu’en être fier et reconnaissant », avoue JPerry. On se rappelle encore de la grande croisière Zumba qui avait accosté à Labadee le mois dernier et qui avait donné place à un méga festival, avec JPerry, Akoustik, BelO, Allison Hinds, etc.
Aussi célèbre et demandé qu'il soit, Jonathan est encore un cœur à prendre. « Je n’ai pas le temps pour entretenir une relation maintenant. Je consacre toute mon énergie à ma musique. Pour moi, avoir une petite amie, c’est tout un travail et vraiment je suis déjà pris », explique-t-il. « J’ai des gens que j’aime bien fréquenter, mais j’ai toujours été très honnête et elles savent à quoi s’attendre », continue l’artiste qui aura 28 ans le 4 juin prochain.
« Entre autres, je me consacre totalement à la sortie de mon album qui, j’espère, est pour mai 2016. Je considère ce disque comme mon tout premier. La touche du vrai JPerry. Quand le public découvrira l’album, il fera connaissance avec l’artiste confiant, joyeux et amusant que je suis devenu. J’ai vraiment hâte. Il n’y aura pas beaucoup de collaborations comme le premier, mais 14 chansons, moitié créole, moitié anglais, parce que j’ai deux public à satisfaire », explique l’artiste, les joues rouges et les yeux brillants d’excitation.
Sa bonne humeur est contagieuse. Son optimisme et son excitation aussi. Une heure plus tard, il me laisse attablée à la terrasse de l’hôtel, sourire aux lèvres, heureuse d’assister à la naissance d’une superstar.
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