Vicky est comme je l’avais imaginée. Vraie, amusante, sans fausse modestie ni chichis. Son sourire éclatant et ses yeux lumineux vous mettent à l’aise dès la première poignée de main. Courte robe bleue, sandales, chapeau et sacoche en bandoulière, elle déambule toute simple dans les rues de Port-au-Prince avec le regard pétillant d’un enfant qui découvre un trésor. Depuis mardi, en effet, la jeune actrice est dans nos murs sous l’invitation de J/P HRO, l’organisation de Sean Penn, et apprend un peu plus du terroir grâce à la Fondation Clinton. De retour en Haïti pour la deuxième fois depuis 2010, c’est avec le même plaisir avide de découvrir sa terre natale que la jeune femme a foulé notre sol.
« Mwen pale kreyòl wi », commence Vicky dans un grand rire excité. « Kreyòl mwen rèd lè m ap pale, men mwen konprann sa moun ap di », lâche encore l’actrice avec cet accent lourd qui caractérise la diaspora. Je réponds en créole pour lui faire plaisir, mais je sais déjà que je ne vais pas la torturer : l’entrevue se déroulera en anglais. Dans la cour de l’hôtel Karibe, sous le regard bienveillant de son attaché de presse Sophie, Vicky nous parle sans ambages et avec une bonne humeur contagieuse. Entre le boulot, les auditions, le sport, son amour pour la nature et la cuisine, Vicky a des journées bien remplies. « Mais j’adore ma vie, je ne l’échangerais pour rien au monde. Je vis mon rêve actuellement et croyez-mois, je m’amuse énormément », confie l’actrice de… Ah oui ! Elle ne veut pas dire son âge. « Disons plutôt que j’ai entre 23 et 30 ans », dit-elle sur le ton de la confidence en riant.
Vicky est d’une beauté naturelle. Ce jeudi après-midi, ses cheveux frisés sont cachés sous un chapeau en paille. Aucun artifice ne vient masquer son visage, et sa robe légèrement froissée est un rappel de la journée chargée qu’elle vient d’avoir. Pourtant elle ne se plaint pas, son teint est toujours lumineux et son minois attire tous les regards. Son rire aussi. Vicky est de celles qui croquent la vie à pleines dents. À l’antipode de son rôle dans la série culte « Orange is the new black ». Dans cette histoire qui se déroule dans une prison pour femmes, l’actrice s’est fait remarquer pour son personnage controversé baptisé Janae Watson. Celle-ci est une ancienne star de l’athlétisme au lycée. Prise en train de voler un établissement bancaire en compagnie de son petit ami criminel, Janae se retrouve embourbée dans une spirale criminelle qui se révèle être de sa faute. Elle a tenu à intégrer un gang dans lequel son petit ami était introduit, et le chef du gang local avait tenté de la convaincre de rester en dehors de la vie criminelle et de profiter de sa bourse d’études. C’est l’arrogance et l’égocentrisme de Janae qui l’ont motivée à continuer sur la mauvaise voie.
Dès les premiers épisodes, la série créée par Jenji Kohan en 2013 et basée sur un livre du même nom a un effet de bombe. La saison 1 connaît un succès immédiat. Mais si la série a perdu un peu de sa portée, l’audimat est toujours considérable vu que le réseau américain Netflix a renouvelé le contrat de diffusion de la saison 4 qui débutera le 7 juin prochain. Par ailleurs, une chaîne de télévision haïtienne commence aussi à diffuser la première saison. Vicky ne veut rien révéler de cette nouvelle saison, mais son excitation est palpable. « Je peux seulement vous dire que cette saison est choquante. J’ai été moi-même surprise en lisant le script. J’ai hâte que le grand public la découvre », avoue-t-elle quand même dans un frottement de mains impatient.
Née et ayant grandi à Queens, la jeune actrice y vit jusqu’à nos jours. Son premier contact avec le monde du divertissement se fait à travers les concours de beauté. Avec sa silhouette de rêve et son visage d’ange, aucun doute qu’elle a régné sur les passerelles. Mais Vicky voulait plus que ça. Depuis sa tendre enfance, elle rêve de devenir une grande actrice. « Je me rappelle avoir toujours caressé cette idée là, dit-elle. Mais, tu sais, les parents haïtiens n’aiment pas ce genre d’idéaux (rire). Ils veulent que leurs enfants soient médecins, avocats ou infirmières (rire). Mais j’ai quand même suivi mes instincts. J’ai décroché un baccalauréat en théâtre mais rapidement je me suis concentré sur la profession d’actrice. Mon premier gros rôle est celui-là. » Sa charmante et chaleureuse personnalité explique aussi pourquoi même hors du travail, l’actrice est amie avec ses coéquipières. « Le plus souvent on doit nous crier ''un peu de silence, les filles'' pour qu’on se calme un peu sur le plateau », raconte-t-elle en riant à gorge déployée. « J’adore les gens avec qui je travaille, je m’éclate énormément. ».
Célibataire et fière de l’être, « I am dating et j’aime ça », avoue la jeune femme dans un clin d’œil complice. « Je n’ai rien contre les relations ou le mariage, mais je dis chaque chose en son temps. Je ne vais rien forcer. Si ça arrive maintenant, je vais faire avec, sinon je jouis de chaque moment », continue Vicky. À part les visites guidées du staff de la Fondation Clinton et de J/P HRO, elle profitera aussi pour visiter sa famille en Haïti avant son départ dimanche. « Quand j’étais rentré après le tremblement de terre, j’ai passé deux semaines ici avec ma famille. C’est à ce moment que j’ai appris à cuisiner de la manière haïtienne ; m konn netwaye poul (rire). Mais j’essaie de faire le plus sainement que possible », explique la jeune actrice, les jambes et mains croisés, sans jamais se départir de son sourire radieux.
Son amour pour Haïti la pousse à vouloir visiter le pays de fond en comble. C’est son prochain projet quand il s’agit de sa terre natale. « Je compte revenir de temps et temps et vraiment découvrir le pays. Ma venue ici n’est pas un show. Je suis très honorée d’être là. Quand je rentrais, mon père m’a dit "Kikine w ap kontan vini, m konnen sa !"... et il avait raison. Je suis contente d’être venue et j’ai déjà hâte de revenir », conclut Vicky dans un sourire généreux.
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