L’homme d’affaires Réginald Boulos supporte les recommandations du troisième rapport du Conseil supérieur des salaires fixant, entre autres, à 300 gourdes le salaire minimum pour 8 heures de travail et à 350 gourdes le salaire de production dans le secteur de la sous-traitance textile. « Les 300 gourdes sont le résultat de la balance entre perdre tous les emplois si nous sommes trop chers et offrir quand même à l’ouvrier le maximum que peut offrir l’assemblage », estime Réginald Boulos lors d’une interview accordée au journal, vendredi 13 mai 2016. Pour Réginald Boulos, « nous devons donner à ce pays une image d’harmonie sociale et non pas de division entre un profit exagéré ou un salaire exagéré. Les 300 gourdes, c’est la balance entre les deux ». Le CSS, fait remarquer Réginald Boulos, a produit des recommandations « très raisonnables, très logiques ». « J’ai revu le rapport et on devrait aller plus loin que la question des 300 gourdes, des 200 gourdes. C’est une question du coût de la vie aujourd’hui. Quand on regarde aujourd’hui le coût du transport, du logement, de la nourriture, il est clair que même les 300 gourdes ne seraient pas le salaire adéquat pour un ouvrier pour avoir même pas une qualité de vie mais le minimum vital », soutient Réginald Boulos, ex-patron d’association patronale et influent membre du secteur privé des affaires. Réginald Boulos tape sur les doigts de l’ADIH Réginald Boulos rappelle que l’an passé les ouvriers et les syndicats s’étaient mis d’accord pour qu’il y ait une augmentation si et seulement si la décote de la gourde ne dépassait pas 10 %. La gourde est passée de 42, 45 gourdes à 62 gourdes pour un dollar, souligne Réginald Boulos, qui a salué la volonté des syndicats de faire des concessions pour qu’on ne reste pas bloqué sur les désaccords. Il a en revanche égratigné l’ADIH qui propose 265 gourdes et met en avant son incompréhension du calcul fait par le CSS pour recommander ces salaires. « Je pense que le débat au niveau de l’ADIH est malvenu parce que le Conseil des salaires est une commission tripartite dans laquelle le secteur privé est représenté. Il y a un rapport qui a été émis. Le rapport est une décision du Conseil signé de huit personnes sur neuf, dont deux représentants du secteur privé », rappelle Réginald Boulos, soulignant la nécessité de préserver « l’acquis » qu’est la présence de représentants du secteur privé au CSS. Il estime que la remise en question du rapport du CSS met en péril cet acquis. « On a lutté pour que le secteur privé soit représenté dans le CSS. Le secteur privé a désigné des représentants mais il faut soutenir nos représentants », indique-t-il. Le secteur privé ne peut pas questionner le travail de ses représentants. « Nous avons beaucoup de comités tripartites dans ce pays. C’est le seul Conseil qui a sorti un rapport chaque année depuis sa création. Elle n’a jamais été bloquée, elle a toujours cherché la voie du compromis. Sur ce point, je félicite les syndicats. On aurait pu rester bloqués sur nos positions », insiste Réginald Boulos, formulant une recommandation à l’exécutif conduite par le duo Jocelerme Privert et Enex Jean-Charles. « Je crois qu’aujourd’hui l’exécutif n’a pas d’autre alternative que de publier les conclusions du rapport et donner à la classe ouvrière, à la classe qui travaille le salaire minimum qui a été proposé par une commission tripartite », appelle Réginald Boulos. ADIH sort ses griffes, propose, prévoit Pour Georges Sassine, président de l’ADIH, M. Boulos « vend des voitures, des marchandises ». « Si on lui augmente les taxes, il peut augmenter le prix de sa marchandise. Nous, notre marchandise, c’est justement les salaires. C’est le salaire qu’on vend. Quand tu augmentes les salaires, tu augmentes notre coût. N’oublie pas que nous sommes en compétition avec des pays étrangers», souligne Georges Sassine, qui évoque sa longue expérience du secteur pour soutenir ses arguments. « Quand j’ai commencé en 1973, le salaire minimum était de 6,50 gourdes par jour. Le salaire est passé à 15 gdes, à 20 gourdes, etc. Qu’est-ce qui a changé dans les niveaux de vie de nos ouvriers ? Rien. Cela veut dire que ce n’est pas le montant du salaire qui fait que la personne peut se débrouiller », indique Georges Sassine, soulignant que « tous les problèmes auxquels est confronté l’ouvrier se trouvent en dehors de l’usine. Le transport, sa nourriture, l’école pour ses enfants, les soins de santé. En d’autres mots, l’absence de l’Etat ». Selon Georges Sassine, « on pourrait accepter 300 gourdes mais à condition qu’on ne vienne pas me dire que l’année prochaine ce sera 350 gourdes. Si vous me dites 300 gourdes, je vous dis que cela doit être garanti pour au moins quatre ans. C’est ce qui s’est passé. Les gens essaient d’attacher le salaire minimum à la décote de la gourde. En augmentant le salaire minimum c’est la gourde qui va se dévaluer encore plus. C’est un cercle vicieux, analyse Georges Sassine estimant qu’avec 300 gourdes comme salaire il faut s’attendre, au mois d’août à un taux de change de 75 gourdes pour 1 dollar américain. « Je n’ai pas de problème. On monte le salaire à 300 gourdes, je te garantis que la gourde sera à 75 gourdes pour un dollar au mois d’août. C’est ce qui va se passer. C’est ce qui s’est passé depuis que le salaire était à 6 gourdes et demie jusqu’à 265 gourdes nous avons proposé », indique-t-il. Georges Sassine prend le contre-pied de ceux qui disent que les opérateurs d’usines font de la marge avec la décote de la gourde parce que les commandes sont passées en dollars américains. « Mais non. Pas du tout. On est obligé à chaque fois d’ajuster les salaires. L’ouvrier haïtien n’est pas sot. Il ne va pas travailler pour toi pour 200 gourdes. On est obligé d’ajuster automatiquement les salaires pour répondre à leurs besoins. N’oubliez pas, le capital, c’est nos ouvriers. Ce n’est pas les machines, pas l’immeuble », martèle Georges Sassine, qui dénonce la volonté de détruire le secteur de la sous-traitance textile qui emploie 42 000 personnes. « On vise le seul secteur qui produit des devises à un niveau de 900 millions de dollars par an pour le pays. C’est ce secteur-là que l’on veut détruire. Je ne comprends pas », suffoque Georges Sassine, qui, prédisant une nouvelle hausse de l’inflation, soutient le gel des salaires sur deux, quatre ans pour accepter de donner les 300 gourdes pour huit heures de travail. C’est son message au président Jocelerme Privert. Avec le CSS, l’ADIH, confie Georges Sassine, a coupé les ponts. « Nous avons démissionné du CSS. L’un des représentants du secteur privé, c’est monsieur Jean Dany Pierre François de la Comme Il Faut. Quel est le problème de Jean Dany que le salaire minimum soit à 500 gourdes ? », se demande Georges Sassine, estimant que le fumeur, dépendant de la nicotine, fumera de toute façon. « Si je monte à 5 dollars, le Blanc me dira merci beaucoup et ne m’enverra plus de commandes », a indiqué Georges Sassine, soulignant que les 300 gourdes représentent 4 dollars 76. L'exécutif se prononcera dans "le meilleur délai" « Le ministère des Affaires sociales et du Travail annonce au public en général, au patronat et salariat en particulier, qu'à la suite de la soumission du troisième rapport du Conseil supérieur des salaires sur le salaire minimum des différents secteurs d’activités, la publication de l’arrêté portant révision dudit salaire se fera dans le meilleur délai, conformément aux articles 4 et suivants de la loi d’octobre 2009. Aussi profite-t-il de l’occasion pour solliciter la compréhension de tous les acteurs impliqués dans le domaine du travail en attendant la publication de cet arrêté », selon un communiqué signé par le ministre des Affaires sociales et du Travail Jean-René Antoine Nicolas, le 12 mai 2016. Le Conseil supérieur des salaires (CSS), selon ce troisième rapport, s’est basé sur la « faiblesse du taux de croissance » du Pib, 1,7 % pour l’exercice 2014-2015, « l’évolution chaotique » de l’indice des prix à la consommation IPC, soit 13.3 % en rythme annuel en janvier 2016 et la décote de la gourde, 61,54 gourdes pour 1 dollar au 25 février 2016 pour effectuer ses recommandations. « Le Conseil supérieur des salaires croit profondément qu’en cette période de grande incertitude politique économique, il importait avant tout de rechercher, dans ce 3e rapport, un équilibre, entre, d’une part, la situation difficile des entreprises et leur faible capacité de payer, et d’autre part, la nécessité d’empêcher la détérioration du pouvoir d’achat des travailleurs, ainsi que de préserver les perspectives pour l’emploi. Un tel exercice n’est jamais facile et a sollicité toute la capacité des membres du CSS à faire preuve de réalisme, de sang-froid et de responsabilité », lit-on dans la conclusion de ce rapport qui divise. Salaire et taux de change En 2013, le rapport du Conseil des salaires avait recommandé 225 gourdes pour huit heures et 300 gourdes pour le salaire de production. Le taux de change tournait autour de 40, 41 gourdes pour un dollar. En 2014 c’était 240 gourdes et 320 avec a 43, 44 gourdes pour un dollar. Les recommandations ont été appliquées. Pour l’exercice 2015-2016, la proposition de 300 gourdes et 350. Le taux de change se situe autour de 62 gdes pour un dollar, explique Me Jean Bonal Fatal, le représentant du secteur syndical dans le conseil supérieur des salaires. Pour lui, la récente manifestation au parc industriel SONAPI constitue une « exploitation politique » du dossier. Le gouvernement devrait publier au plus vite les recommandations et éviter ce genre d'évènement qui risque d’être préjudiciable pour le secteur, a indiqué le syndicaliste. Lors de ces manifestations, des ouvriers ont réclamé un salaire minimum de 500 gourdes. Conformément à la loi d’octobre 2009 (loi Steven Benoît), le Conseil supérieur des salaires effectue ses recommandations au gouvernement relatives à la révision du salaire minimum. Le 3e rapport intervient quelque cinq mois après le début de l’exercice fiscal 2015-2015 dans un contexte d’incertitude politique et économique. Les rapports du CSS donnent souvent lieu à d’intenses tractations avant la publication officielle des salaires minimum de référence dans le journal officiel, Le Moniteur.