« Pas question que je marche pendant des minutes pour atteindre ma destination. Ce soir, j’arrive tôt, quitte à devoir passer des heures à m’ennuyer en attendant que l'activité commence ! » Cette détermination à me trouver une bonne place de parking dans le périmètre immédiat du restaurant m’anime pendant tout l’après-midi du 14 mai. Mais avec les aléas inhérents à la vie de femme, je finis par arriver sur les lieux à 10 heures. Et je fais face à mon pire cauchemar. Déjà, je suis invitée par ces gestionnaires d’espace de parking improvisés à me garer à la rue Métellus. Mais une amie habitant la zone me sauve la mise. Je peux donc enfin franchir le seuil de La Réserve.
Comme annoncé, un exemplaire de « Ram 6 : Manman m se Ginen », le nouvel album de RAM, dont le prix est inclus dans les frais d’admission, est remis à l’entrée. Pourtant personne n’est là pour les signer ! Mais surtout ne soyons pas trop gourmands. Richard Morse va déjà de radio en radio et parle de l’album, du groupe… Nous n’avons plus qu’à être patients... Encore cinq années, pour les trrente ans du groupe, avec un peu de chance la belle Lunise se mettra elle aussi à donner des interviews ! En attendant, les deux artistes ne sont visibles nulle part.
Toutes les tables semblent occupées. Une musique de fond remplit l’espace. Rien n’a visiblement commencé. Je vais devoir attendre encore un quart d’heure pour voir arriver les deux dj annoncés sur l’affiche. Gardy Girault s’occupe du warm up, un warm up qui semble durer indéfiniment… Puis vient Ram et l’atmosphère de la soirée change en moins de deux ! 11 h 45 pm, Dj Gardy arrête de jouer tandis que les musiciens de RAM montent sur scène. 11 h 49, les vedettes du groupe Lunise et Richard Morse traversent tranquillement l’assistance pour regagner le podium. 11 h 50, la piste de danse jusqu'alors déserte est remplie par un public qui déjà danse au son de ce qui pourtant a encore l'air d'un check sound.
« Odan bonswa bonswa… », chante Lunise. Talons hauts ou pas, moi aussi je me lève. La soirée vient juste de commencer. Pendant deux heures, le groupe enchaîne avec ses multiples succès qui pendant les vingt-cinq dernières années ont fait de RAM un ténor de la musique haïtienne. Voyageant à travers ses six albums, ajoutés de ses méringues carnavalesques intemporelles, la bande à Richard reprend des morceaux comme ''Zanj'' (Puritan Vodou, 1997) ; ''Erzuli'' (Le Jardin, 2003), ''Ipokrit'' (RAM 6 : Manman m se Ginen, 2016), puis ''Ibolele'' (Ayibobo, 1993), ''Padone yo'' (carnaval 2006) et ''Defile'' (carnaval 2008). Sur l’interprétation de « Jij », Lunise et Richard s’enlacent et on a droit à quelques « won » de ce couple mythique qui se laisse rarement aller à des effusions en public. Bien sûr, j’immortalise le moment en une courte vidéo de 15 secondes partagée sur mon compte Snapchat.
Comme plus d’un, je danse et chante à tue-tête. Je ne vois même pas venir la fin. À 1 h 45 du matin, tandis que les musiciens du groupe continuent encore à jouer, Lunise et Richard laissent la scène bien escortés. Bagay atis nèt, je sais. Mais c'est de Ram qu'on parle, un de nos groupes les plus adulés. Les fans sifflent. Ils sont visiblement satisfaits. Certains laissent la piste de danse et même le restaurant en même temps que le groupe qu’ils étaient venus supporter. Pour d’autres (est-ce vraiment nécessaire d’ajouter comme moi ?) la soirée sera bien plus longue. La programmation se poursuit en effet avec Gardy Girault et ses mix à la sauce afro ; et un Dj K9 qui ne lésine pas sur son rabòday vient mettre un terme à cette belle soirée.
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