Les responsables de ce travail de recherche, Jean-Robert Placide et Joseph Sauveur Joseph, chargés de réfléchir sur le contexte linguistique du pays, préconisent une politique et un aménagement linguistiques favorisant le respect et la protection des droits linguistiques de tous les Haïtiens. Selon le comité du GRAHN, aborder le problème de la langue en Haïti revient à toucher l’une des cordes sensibles qui vibrent chez chaque Haïtien, quels que soient son rang social et son degré de savoir. Pourtant, ce dernier estime qu’il y a des pas énormes qui ont été faits en matière de langue depuis que les esclaves ont créé la langue créole dans le laboratoire des habitations de Saint-Domingue jusqu’au choix arrêté par l’État pour établir dans la Constitution de 1987 le français et le créole comme langues nationales et officielles et promouvoir par la suite l’éducation dans les deux langues. « C’est ne pas connaître l’histoire d’Haïti pour prendre à la légère la problématique de la langue qui reste un facteur déterminant de division et qui, dans notre société, engendre les clivages : nègre ignorant/nègre savant, nègre des mornes/nègre urbanisé, etc. (sic)», avancent les auteurs, qui pensent qu’une nouvelle Haïti doit être un lieu où les gens peuvent jouir de tous leurs droits, même de leurs droits linguistiques. Une réflexion qui peut faire avancer le débat et permettre au pays de sortir aujourd’hui de cette querelle linguistique. Et, dans ce débat linguistique amorcé par cette équipe du GRAHN, tout le monde y trouve son compte : la majorité autant que la minorité. Par ailleurs, l’équipe de rédaction entraîne les lecteurs dans un survol historique qui les fait remonter dans la longue période de 1492 à 1987. Quand la révolution a commencé à perturber l’ordre établi, dit-elle, même Bonaparte a senti la nécessité de faire passer ses messages dans la langue de la majorité, le créole. L’ère de Napoléon Bonaparte a laissé aux Antilles un héritage de 40 proclamations rédigées en créole. La plus importante fut celle de l’abolition de l’esclavage par Sonthonax, promulguée à Saint-Domingue, le 29 août 1793. Durant cette période, l’État n’a pris aucune mesure pour protéger les droits linguistiques du peuple. Le français était utilisé partout dans l’administration, dans la diplomatie, dans l’enseignement, etc., la première manifestation d’une prise de conscience des droits linguistiques du peuple apparaît de façon vague dans les Constitutions de 1843 et 1867. « Avec la réforme Bernard, le créole est devenu à juste titre la première langue d’études à l’école fondamentale. Cependant, la majorité des ouvrages est écrit aujourd’hui en français. On a besoin de livres scientifiques et techniques en créole, dans tous les domaines, à tous les niveaux, pour la transmission des connaissances », réclament les chercheurs indiquant qu’actuellement Haïti nage dans un contexte multilingue. « La situation linguistique du pays n’est pas simple. Elle évolue avec le temps. » S’ils diagnostiquent aussi bien la situation linguistique paranormale du pays, ils n’en restent pas là pour autant. Ils proposent aussi. D’après leurs lunettes, la politique linguistique idéale pour Haïti devrait tout d’abord déclarer le créole la seule langue officielle du pays ; ensuite respecter et faire respecter les droits de la langue officielle ; défendre le créole, faire sa promotion et encourager son développement et celui de sa communauté linguistique ; enfin, exiger que les écoles fonctionnent en créole avec une ouverture aux autres langues étrangères sur le territoire. Pour finir, ils renvoient l’État à ses obligations constitutionnelles suivantes : l’État haïtien doit publier dans Le Moniteur, son journal officiel, en créole également et doit augmenter et faire augmenter le pourcentage du créole dans la communication publique ainsi que dans l’administration publique et privée.