Les 26 et 27 mai , Bernard Sansaricq sera à Livres en folie avec son livre « Le parcours d’un combattant ». Vaste récit de témoignages de l’histoire contemporaine haïtienne sur les 50 dernières années, ce livre est surtout le compte rendu complet, détaillé de la vie révolutionnaire et trépidante de son auteur qui, de rebelle et farouche opposant au pouvoir des Duvalier, est devenu sénateur de la République.
Bernard Sansaricq, en Haïti, est tout un personnage. Pour ceux qui ont 40 ans et plus, évoquer son nom renvoie, pour certains, au combattant qui a lutté contre la dictature féroce des Duvalier au péril de sa vie tandis que, pour d’autres, son nom rappelle le sénateur de la République, représentant le département de la Grand ’Anse, qui dénonçait à tout va les actes de corruption et d’injustice perpétrés par-ci par-là durant la période très sombre de l’embargo.
« Après 24 ans de combat contre la tyrannie, les armes à la main, Bernard Sansaricq choisit de raconter, non pas une histoire qui fait travailler les circuits de l’imaginaire, non pas une histoire vingt fois publiée dans les colonnes de nos journaux, mais une épopée […] », peut-on lire dès les premières pages de cette autobiographie très poignante.
Le caractère historique du livre n’est point à établir. Aux dires de l’ouvrage lui-même, qui se lit d’une traite, sans interruption, c’est un témoignage percutant sur la faiblesse de nos leaders, mieux, sur l’absence de leadership militaire que Jean-Bertrand Aristide aura exploitée pour démantibuler les FAD’H (Forces armées d’Haïti). En effet, l’auteur rapporte qu’il a joué le rôle de vigile en prévenant, pendant qu’il était encore temps, les généraux des malheurs qui attendaient les FAD’H. Il va jusqu’à étaler des fragments d’une de ses correspondances avec le général Raoul Cédras, auteur du coup d’État du 30 septembre 1991 contre le président Jean-Bertrand Aristide.
« Sachez, Général, que par votre entêtement à vous maintenir à la tête de l’institution militaire, malgré tous les conseils que vous avez reçus de gens bien intentionnés, vous mettez toute la nation en danger d’être occupée militairement par des forces étrangères […] Alors que les plaies de 1915-1934 sont encore béantes, Général, vous porterez la grande responsabilité de cette nouvelle catastrophe et l’Histoire ne vous pardonnera jamais », avait eu le courage d’écrire à l’époque Bernard Sansaricq qui, depuis cet épisode, ne cesse de se battre pour rétablir l’histoire et la vérité de son pays d’origine.
Membre du groupement « Jeune Haïti », qui avait sa base à New York, Bernard Sansaricq nous livre un témoignage de première main, contenant des détails fidèles avec des noms, des dates, des lieux et des repères historiques qui témoignent d’une mémoire d’éléphant – indispensable à tout devoir d’historien. L’auteur nous invite à plonger corps et âme dans un récit vivant où il fait parler les personnages, influents ou non.
Très remuant, l’infortune de l’exil et ses visées révolutionnaires, son désir de renverser la dictature l’ont conduit notamment en République dominicaine et aux États-Unis d’Amérique. De plus, il ne fait pas que raconter, il participe, il est de l’action, et son acharnement féroce pour en finir avec le régime des Duvalier ainsi que son désir de faire connaître son épopée, réalisée alors qu’il était très jeune, ont, comme qui dirait, donné des ailes à sa plume.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.