Des spectateurs, plantés devant leur petit écran, ont relevé quelques incivilités, des lacunes de français et surtout l’âpreté des négociations entre les pro et les anti-Privert. Les anti-Privert, a en croire le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé, ont les dents longues. Ils veulent plus, de grosses parts dans le gâteau du pouvoir. Au moins quatre ministères, après-ceux déjà dans leur escarcelle, des directions générales. « La première chose qu’ils ont demandée est le replâtrage du cabinet ministériel », a fulminé le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé, qui s’est dit « écœuré ».
Ces parlementaires réglaient leurs affaires, pas celles d’Haïti, a-t-il poursuivi, accusant tout de go ses opposants d’être porteurs d’un projet « d’anarchie » en exigeant la mise sur pied d’un autre CEP. Les attaques armées aux Cayes et contre des entreprises à Port-au-Prince la semaine dernière « ont des motivations politiques », a affirmé le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé, qui a cité le nom de Guy Philippe comme quelqu’un qui avait annoncé la couleur et Gabriel Fortuné, actuel maire des Cayes.
L’attaque contre le commissariat des Cayes a clairement été revendiquée, dit le sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé. Des alliés armés de PHTK, des parlementaires agissent pour déstabiliser le pays. Par nostalgie du pouvoir. Parce qu’ils craignent de répondre devant la justice de leur mauvaise gestion de la chose publique, a souligné Jean-Baptiste Bien-Aimé. « Il y a une association de malfaiteurs, nostalgiques qui veulent créer le chaos pour retourner au pouvoir », a-t-il balancé, acide à l’égard d’éléments de la classe des affaires qui supportent ces agissements. Les parlementaires de l’opposition veulent avoir des délégués, des commissaires du gouvernement, un autre chef de police pour aller aux élections dans le but de les remporter de manière frauduleuse, a accusé Jean-Baptiste Bien-Aimé.
Youri Latortue dément. « Je respecte les gens. Il faut que l’on me respecte. A aucun moment, pendant les réunions, on a parlé de postes ministériels à partager », a rétorqué le sénateur Youri Latortue, sénateur influent du groupe minoritaire, hostile à Jocelerme Privert. Pendant des discussions à huis clos, le sénateur Latortue souligne avoir offert ses bons offices, fait la navette entre les groupes pour discuter de la feuille de route et enlever les « irritants » comme la remise de l’écharpe présidentielle par Jocelerme Privert dans l’ordre du jour. Ne pas revenir sur les décisions du BCEN ayant acquis le statut de la chose souverainement jugée, boucler les élections fin 2016, éviter des interférences d’agents de l’exécutif sont des éléments dans la discussion autour de la feuille de route, a expliqué le sénateur Youri Latortue, qui a rejeté les accusations de supporter l’anarchie du sénateur Jean-Baptiste Bien-Aimé. Youri Latortue soutient être le seul sénateur, responsable de parti politique à condamner ces attaques armées, à les qualifier « d’inadmissibles ». Il estime que le sénateur Bien-Aimé devrait partager les informations concernant des actes répréhensibles en préparation avec la police et le Parlement.
Dans la presse, le sénateur Jacques Sauveur Jean a indiqué que ce sont des « soldats » qui s’affrontaient lors de l’Assemblée nationale. Il y a des intérêts économiques derrière ces alignements, a-t-il laissé entendre. Pour Edouard Paultre du CONHANE, la question de partage de gâteau revient souvent dans ce genre de contexte. L’obstination des parlementaires à exercer directement ou indirectement à travers des personnalités désignées des attributs de l’exécutif fragilise un peu plus le pays. « Le Parlement joue son utilité même dans l’exercice des pouvoirs en Haïti », a indiqué Edouard Paultre, observant que l’Assemblée nationale, incapable de se prononcer sur l’avenir de Jocelerme Privert, s’est donné un pouvoir qu’il n’assume pas. Il craint que cette situation de flou n’attise un peu plus la violence dans le pays après les attaques armées enregistrées récemment.
Edouard Paultre s’inquiète aussi pour l’économie nationale, en mauvaise santé. Il craint une nouvelle décote de la gourde et une envolée de l’inflation. « Pour nous, c’est le pot de fiel alors qu’ils se battent pour partager le gâteau, a lâché off the record, un cadre intermédiaire d'une entreprise privée. S’ils n’atteignent pas leurs objectifs, la situation de la sécurité peut se détériorer », a-t-il dit. « A l’échelle individuelle, dépecer le cadavre de l’État Haïtien peut être bien intéressant pour des gens au pouvoir », a-t-il avancé. Pendant les négociations pour monter le gouvernement d' Enex Jean-Charles, il était dit que le camp du président Jocelerme Privert avait désigné les ministères des Finances, de la Justice, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.
Après la séance marathon et infertile, mercredi soir, la série des discussions politiques a repris sur fond du constat par le Core Group de l’incapacité de l’Assemblée nationale à « exercer ses responsabilités » au regard de l’article 7 de l’accord du 5 février. « Le Core group exhorte tous les parlementaires à poursuivre, sans délai, la session en Assemblée nationale pour mettre fin à l’incertitude politique qui prévaut depuis le 14 juin et assurer la poursuite du processus électoral. Le Core Group demande à tous les acteurs politiques de contribuer à créer des conditions propices à cet effet », a fait savoir une note de presse.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.