On a tellement entendu de discours laissant croire que les caisses de l’État sont vides ces derniers temps qu’on serait tenté de se prêter aussi facilement au jeu. Des chefs d’État, des ministres l’ont déjà affirmé. Et, plus récemment, le maire réélu de Delmas, Wilson Jeudy, fraîchement installé dans ses fonctions, a fait des vagues en annonçant qu’il met tous les employés de l'institution en disponibilité sans solde. La raison : les caisses de la mairie sont vides. Paradoxe. Plus les caisses sont vides, plus les gens se ruent vers la politique. Nos responsables nous ont habitués à de telles déclarations pour fuir leurs responsabilités. Sans doute. Comment les caisses de l’État peuvent-elles être vides ? Peut-être en dépenssant des sommes faramineuses dans des projets farfelues ou en refusant de collecter des taxes au profit de la collectivité. Les institutions de l’État ont chacun un budget qui, en fonction des prévisions, peuvent implémenter des projets, des investissements, entre autres. Si les caisses sont réellement vides, pourquoi disposer d'un personnel pléthorique? Pourquoi les Per diem des officiels en voyages s'affichent continuellement à la hausse? On fait abstraction des détails… En bon père de famille comment peut-on s’adresser à ses enfants pour leur dire que ses poches sont vides, qu’on ne peut pas tenir ses promesses cette année ou peut-être l’année prochaine? Ne doit-on pas retrousser nos manches, faire travailler nos méninges pour faire fonctionner le foyer, et, par extension, une institution quelconque, une mairie, un ministère, un pays, Haïti? L’heure est venue. La population est lassée d’entendre les plaintes inélégantes, mal placées de nos dirigeants qui ne ratent jamais l’occasion de réussir financièrement et surtout personnellement. L’économie a besoin de meilleurs signaux pour son décollage. Comme les stratégies à mettre en place pour élargir l’assiette fiscale dans une commune donnée, une région. Le pays en a tellement besoin en cette période sombre de son histoire. Les citoyens attendent mieux des élus plaintifs. Pour redorer son blason, Haïti a besoin de visionnaires plutôt que de responsables qui ne se gênent pas à laver leurs linges si sales en public. Des petits malins sont prêts à remuer ciel et terre pour se faire une place dans l'administration publique; dans les dernières élections contestées, il est bruit que certains candidats ont dépensé des sommes faramineuses pour se faire élire; les couloirs de nos ministères et des institutions publiques sont remplis de candidats qui attendent leur tour d'être nommés pour pouvoir enfin avoir accès aux mammelles juteuses des caisses de l'Etat. Si après tout cela, on nous chante que ces caisses sont vides, il faut croire qu'Haïti est vraiment un singulier petit pays.