Par Pierre-Raymond DUMAS
Si attendue soit-elle, la finalisation des élections municipales n’est ainsi pas une fin en soi. Ce n’est pas une intox. C’est tout le contraire. Tout cela va évidemment influer sur les prochaines élections, parce qu’on peut dire que Haïti n’a jamais été aussi divisée aujourd’hui comme en 2004. Fini le temps des maires intérimaires tèt kale !!! Tout cela est vrai. Mais bon nombre de maires élus sont coiffés par le PHTK qui est le principal gagnant de ces élections.
C’est une belle avancée pour ce processus électoral erratique. Reste à savoir quelles seront les actions de ces 140 cartels dont trois seulement attendaient d’être validés (Croix-des-Bouquets, Chardonnières, Lascahobas). Si de remarquables évolutions ont, certes, vu le jour ces trente dernières années sur le plan des libertés publiques, les institutions locales, communales et régionales ne sont pas en phase avec les nécessités d’un État de droit.
Faisons d’emblée un constat : les collectivités territoriales, entités peuplées de personnels souvent pléthoriques et amorphes, sont dans un état lamentable à tous égards. Notre nation est menacée de dislocation non par une redoutable insécurité grandissante ou une démographie galopante, mais par l’inexistence des administrations communales. Un vide sans égal. L’État central, lui-même, est un tas de ruines. Mais pour certains maires élus, le déclin n’a rien d’inéluctable : rien ne changera si les élus locaux ne brisent pas le cercle vicieux des dirigeants des partis de gouvernement décriés et des parlementaires corrompus.
Depuis 2010, les collectivités territoriales étaient tenues par des maires illégitimes et des « brasseurs » qui ne pensaient qu’à leurs poches et n’assumaient pas leurs responsabilités. Les défis sont multiples, à commencer par les fatras, alimentés allègrement par les marchés ambulants, la dégradation de l’environnement, le phénomène des taxis-motos, les enfants des rues, etc. Ils sont communs à toutes les communes surpeuplées du pays, avec toutes les difficultés existentielles qu’ils occasionnent. Autant de maux qui hypothèquent notre futur ! Et ce n’est pas tout.
Même si nous ne connaissons pas leurs programmes et leurs visions, force est de constater que des figures comme Jude Édouard Pierre (Carrefour / Vérité), Georges Simon (Anse d’Ainault / PHTK), Limongy Samson Jean (Petit-Goâve / PDCH), Neil Latortue (Gonaïves / AAA), Jean Gabriel Fortuné / (Les Cayes / Lide), Wilson Jeudy (Delmas / Randevous) et Nice Simon (Tabarre / Renmen Ayiti), non dénués de volonté et volontiers à l’écoute de leur électorat, méritent d’être suivis.
Le suffrage universel n’est pas un gage de sauvetage pour des communes franchement pauvres, dépourvues de tout ressort administratif ou d’un semblant de structure organisationnelle. À l’évidence, il faut arrêter l’escalade, mais comment ? Mission impossible en raison de déficits aussi abyssaux que chroniques en matière de ressources humaines et budgétaires ? Nullement. Deux conséquences à cela : les partis politiques doivent appuyer, encadrer leurs maires élus et les actions concertées des communes sous leur variante associative peuvent servir de moyens de réussite. Mais il n’en a été rien dans le passé.
En matière de rentrées fiscales, le maire de Delmas, Wilson Jeudy, a tracé les voies. Un acharnement personnel qui sonne le glas du laxisme. S’agissant du ramassage des ordures - objectif purement incantatoire puisqu’aucune mairie n’arrive à l’atteindre -, le trou est creusé : nos communes sont devenues de véritables poubelles pullulantes. Pétion-Ville, qui est devenue après le 12 janvier 2010 notre crypto-capitale, en est l’illustration la plus spectaculaire. Il y a là sans doute un défi pressant et déroutant pour nos nouveaux édiles, toutes tendances politiques confondues. Car ça craque de partout. C’est à eux d’agir s’ils veulent justifier la confiance de leurs mandants.
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