Vendredi soir, le Decameron s’active comme une fourmilière. Il est 8 heures trente quand nous arrivons à la réception de l’hôtel. Les organisateurs avaient déjà tout arrangé pour que notre enregistrement se fasse sans encombre. Mais on perd quand même quelques bonnes minutes. Beaucoup de monde arrive ce soir-là : diaspora, festivaliers ou tout simplement des familles qui veulent profiter de la plage. Les lignes sont longues et le service est au ralenti, mais on y parvient, lentement mais sûrement. À la volée, nous rencontrons Aly Acacia, l’un de partenaires de l’événement, au four et au moulin. Il nous annonce que le spectacle d’ouverture débutera dans une heure ou deux, juste le temps de nous restaurer au grand marché, le buffet offert de 7 h à 10 h pm, et de nous préparer en conséquence. La soirée d’ouverture est un bon mélange de danse compas, de folkore, et de danses traditionnelles. Les danseurs du Ballet Folklorique d’Haïti, Clifford et Gaëlle Jasmin ajoutés aux danseurs du Decameron présentent un show coloré, gai, vif mais surtout très « lakay ». L’animateur de la soirée aussi est une attraction à lui tout seul. Avec un réel savoir-faire il fait participer le public dans les entractes. Il fait danser les couples, les fait jouer pour ensuite offrir des cadeaux et des primes de compensation. Il n’en fait pas trop ni n’en fait trop peu. En une heure, les numéros se succèdent sur scène et font applaudir le public très enthousiaste. Aly Acacia profite du calme avant la tempête du Papa retro de placer quelques mots de bienvenue vite fait. Le groupe Jukann clôture la soirée avec une animation musicale appropriée à l’occasion de cette célébration du compas. Jusqu’à 1 heure du matin, des chansons rétro très bien interprétées ont permis aux couples de se régaler. Le samedi matin, les cours d’apprentissage débutent de très tôt. La journée est chargée pour les festivaliers. Entre ateliers, discussions, cours de compas de base, de folklore et de boléro, les participants n’ont pas de trous vides. Les pauses se font lors des repas. De 9 h du matin à 4 h de l’après-midi, les professeurs sont dans le restaurant Le Boucanier situé dans la partie nord de l’hôtel pour apprendre, discuter avec les élèves. Avenants et toujours prêts à écouter, ils rendent la leçon amusante pour les jeunes et moins jeunes qui veulent apprendre à esquisser des pas de base. Les cours ne se désemplissent pas jusqu’à la fin de la journée. « J’étais venu à Decameron pour le week-end, mais je n’étais pas au courant de l’événement. Je suis très étonnée de trouver ce festival ici et j’adore. Je m’amuse bien. Mon mari et moi n’avions pas pris le temps de danser ensemble depuis des années ; je me sens toute jeune », nous raconte Carole, qui vit dans les hauteurs de Pétion-Ville et est à son premier séjour au tout inclus. « Je viens des Etats-Unis. Nous sommes un groupe de 6 et nous avons vu l’annonce du festival sur Facebook. Nous voulions venir en Haïti mais la situation du pays nous faisait hésiter, mais avec les packages offerts pour l’événement, nous avons sauté sur l’occasion. Nous ne sommes pas encore déçus. J’ai hâte d’être au spectacle de ce soir et de danser Djakout #1 », avoue aussi Fabienne qui avoisine la cinquantaine. En effet les musiciens de l’autoproclamé « Djaz peyi a » avaient fait leur arrivée un peu plus tôt dans l’après-midi et déjà les fans s’amusaient à prendre des selfies avec les artistes. Le spectacle du samedi soir commence pile à 9 h 30, contrairement à la veille. Le même schéma est suivi. Amusement avec le public, cadeaux, show des danseurs de Decameron, des présentations de Clifford et Gaëlle Jasmin, deux numéros de Konpa On The Rise K.O.T.R, des parties de Nico, Kedo et aussi de Salsabor Florida venus de l’étranger. La fête du samedi a une allure de clôture. Même si la « beach party » sur la plage est prévue pour le dimanche soir avec le troubadour Boul Pik, plusieurs personnes s’en vont dimanche midi. Et avec un compas dont seul lui détient le secret, même sans Pouchon Duverger qui est encore en congé maladie et reprendra le 6 août, Djakout #1 fait danser les invités pendant des heures sans jamais se fatiguer. Un peu moins agressifs que d’habitude toutefois, les musiciens ont applaudi l’initiative et espèrent déjà être présents l’année prochaine. Du côté des organisateurs, la première édition est qualifiée de satisfaisante. « Nous avons fait des erreurs de débutants ; nous étions au four et au moulin, mais l’essentiel était de vraiment implanter le mouvement et de réaliser la première édition », assure Clifford Jasmin qui, avec sa femme Gaëlle, a assuré plusieurs rôles lors de ce Festival international de danse compas. « Des gens nous ont lâchés à la dernière minute, mais le public est très content et c’est l’important. Nous savons déjà quoi corriger pour l’année prochaine ; nous savons quoi ajouter et surtout quel public cibler. Nous avons bien appris, et nous ne pouvons que souhaiter que la barque est lancée pour une longue et belle histoire », conclut Gaëlle.