Au mondial espagnol de 1982, l’Union soviétique défia le Brésil au premier match de poule. Renate Desaïev, le portier soviétique, est de loin le joueur le plus connu. Sa sûreté de main est légendaire ; son sens du placement, ses arrêts-réflexes ajoutent à son aura. Les reporters haïtiens, dépêchés en Espagne pour la couverture de l’événement, clament des noms tels que Chivadzé, Soulak Velitzé, Bal, Baltacha, Demianenko, Oleg Blokine... Du coup, les téléspectateurs découvraient dans les dénominations la mosaïque des peuples annexés par Joseph Diougachvili Staline, lui-même originaire d’Ukraine. Peuples baltes se mêlant aux peuples slaves, il y avait de quoi aiguiser la curiosité de tout observateur s’intéressant à la diversité humaine. Et le Mondial aide à entrer en contact avec celle-ci, et tout autant avec la géographie physique, autrement dit le milieu dans lequel évolue un peuple.
Du Mondial allemand de 1974, on retient le nom de Kibandjé, c’était suffisant pour se familiariser avec le Zaire, ex-Congo belge. En Europe centrale, l’évocation du nom de Petkovic donne à découvrir la Yougoslavie dirigée par le maréchal Joseph Broz Tito.
À l’éclatement du bloc de l’Est, avec effarement le monde se rendit compte que la Yougoslavie représentait le même cas de figure que l’Union soviétique. Après la Seconde Guerre mondiale, la Croatie, la Bosnie -Herzégovine, le Kosovo, la Moldavie, la Macédoine, le Monténégro et l’Albanie étaient annexés par la Serbie. À la mort du maréchal Tito, l’éclatement ne se fit pas tout de suite.
De nos jours, les amants du ballon rond restent scotchés devant le petit écran. Inconsciemment, leur mémoire s’alimente de la connaissance des peuples de l’Europe de l’Est et d’ailleurs. Comment ? Par l’évocation des joueurs évoluant sur le terrain de jeu. À mes amis de «Sportissibo», je ne cesse de pourfendre leur penchant consistant dans le rappel des exploits des joueurs du «Premier monde» pour emprunter une expression propre à la littérature économique du développement. En même temps, je leur conseille d’évoquer les noms de Zvonimir Boban, Dejan Salicevic... Le nom de Luka Modric roule sur les lèvres de nos chroniqueurs sportifs. Ont-ils déjà oublié celui d’Edwin Zeko ?
Allons en Afrique : une fois, mon ami Patrice Dumont fit un effort de mémoire pour se souvenir de Garba Lawal. Sunday Oliseh est oublié. Pourquoi ? Parce que la mémoire des fans est oublieuse. Samuel E’too, son nom est de moins en moins évoqué. De même Georges Weah ou Roger Milla.
J’aurais pu allonger la liste. L’espace étant restreint, je préfère encourager tous les amants de foot à s’intéresser à la production des historiens. Eh oui ! Avec passion, fougue et ferveur, ils écrivent l’histoire du football mondial. La consultation de leurs travaux est indispensable pour entretenir la culture du jeu. De la sorte et patiemment, se fait le rapprochement avec les peuples.
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