Le ministre de l’Economie et des Finances, Yves Romain Bastien, a procédé, sans tambour ni trompette, à la mise en place, le mardi 2 août 2016, d'une « commission de restructuration et de contrôle à la banque populaire haïtienne (BPH) », a appris le journal d’une source gouvernementale. La source, refusant de parler de « faillite », a indiqué que la décision était nécessaire parce que « la BPH est dans une situation difficile ». Sans rentrer dans les détails, elle a indiqué que la banque a octroyé de « mauvais prêts ces dernières années ». Octroyer un emprunt à une personne sur la base d’accointances politiques alors que l’intéressée a une « historique de crédit épouvantable est tout simplement inacceptable ». Demander à la BPH, déjà faiblement capitalisée, d’octroyer un prêt de 2 millions de dollars américains à quelques dizaines de laveurs d’autos qui ne remboursent pas n’est pas très intelligent non plus, a-t-elle laissé entendre. « La banque et la politique ne font pas bon ménage », a estimé cette source gouvernementale. « Effectivement, le ministre de l'Economie et des Finances, Yves Romain Bastien, a procédé à l'installation de cette commission de restructuration et de contrôle à la BPH qui est une banque d'Etat », a confirmé une source à la BRH. Elle n'a cependant pas voulu faire une quelconque " appréciation" sur la faillite ou non de cette banque. Comme ce fut le cas pour la BNC, l'Etat peut mettre en place une commission de restructuration dans le but d'obtenir une évaluation et des recommandations pour l'avenir, a indiqué cette source à la banque centrale, la police du système bancaire, en charge de la régulation. Le comité de restructuration et de contrôle est composé d’anciens de la BRH et de la BNC, a aussi appris le journal. La directrice de la banque, qui a hérité un lourd passif, est mise en disponibilité ainsi que son adjoint, a aussi appris le journal d’une autre source. Ce n’est pas la première que la BPH fait les titres de l’actualité. En 2004, après le départ de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, des comptes et autres documents de la banque avaient révélé une situation un peu similaire. Concernant le programme « Chanje metye chanje lavi » encouragé par le président Michel Martelly et porté par le ministère des Affaires sociales, Charles Jean-Jacques, pour l’acquisition de plus d’une soixantaine d’autobus d’une marque chinoise à environ 20 000 us l’unité, une source proche du dossier à la BRH a révélé au journal que la banque centrale, par décision du conseil, avait garanti le prêt à hauteur de 50 %. Théoriquement, la BPH doit effectuer le recouvrement d'un million de dollars plus les intérêts. « Je ne comprends pas que la BPH n’ait pas saisi ces véhicules pour récupérer une partie de son dû. Ce n’était pas un cadeau. C’est un prêt comme tous les autres et la banque a le droit de saisir ces véhicules », a indiqué cette source. Le journal a contacté plusieurs chauffeurs de ces véhicules de transport en commun qui ont des plaques vertes IT (Immatriculation temporaire ». Aucun n’a souhaité faire de commentaires.