La hausse des prix des produits pétroliers continue de susciter colère, indignation et commentaires. Si certains dénoncent la manière, d’autres les chiffres de l’augmentation, le physicien Marc Antoine Archer, coordonnateur de l’Observatoire de l’énergie d’Haïti (Observeh) estime qu’il est fort probable que l’essence soit moins chère en Haïti que dans plusieurs pays développés.
Pire encore, Dr Marc Antoine Archer constate qu’Haïti regorge de grosses cylindrées dans son parc automobile qui consomment beaucoup de carburant. « Il faut travailler sur les dépenses énergétiques liées au transport. En améliorant l’efficacité, énergétique on peut même se permettre de financer le transport public », a proposé le coordonnateur de l’Observeh. La fixation du prix du gaz ne respecte pas certaines normes, à ses yeux. Elle demande une planification préalable.
« La communication relative à la hausse des prix est mal articulée. La décision d’augmenter les prix des produits pétroliers devrait être participative et faire l’objet d’une campagne d’information auprès de la population. Les prix des combustibles à base de produits pétroliers doivent être adaptés à nos réalités et à la conjoncture.» estime M. Archer. « D'un côté, on ne peut pas avoir un prix très en dessous de ceux affichés par la République voisine. On ne saurait fixer d'un autre côté des prix en dehors des normes de fiscalité du pays », a-t-il fait remarquer.
Marc Antoine Archer informe qu’en France et en Espagne, la structure de prix du litre d’essence est couverte à 49 % de taxes tandis que le reste résulte des marges bénéficiaires, du transport et d'autres droits. « Si l’Etat haïtien avait une marge bénéficiaire suffisante, il aurait une plus grande marge de manœuvre, le pays ne serait donc pas exposé aujourd’hui à ce problème », a déclaré le coordonnateur de l’Observeh qui ajoute que le pétrole est bien épuisable. Autant dire qu'on ne peut le renouveler à très court terme.
En ce qui concerne la consommation du pétrole, le pic a été dépassé depuis fort longtemps sur le globe. Haïti doit faire preuve de responsabilité. « Il faut passer d’une énergie de stock (pétrole, uranium, etc.) à des énergies renouvelables », a encore proposé Dr Archer qui nuance toutefois qu’en dépit de l’intermittence de ces énergies, il faut faire preuve d’intelligence pour les gérer au profit de tous. M. Archer suggère la publication de l’historique des prix des produits pétroliers comme cela se fait dans divers pays comme l’Espagne ou, plus près de nous, la République dominicaine.
Le secteur de l’énergie souffre de l’absence de l'autorité, observe Marc Antoine Archer. « En 2005, rappelle-t-il, on avait créé pour la première fois le ministère de l’Energie dirigé par Jean Jaunasse Elysée. Moins d’un an après, ce ministère avait disparu. Le grand drame d’Haïti est que nous avons beaucoup d’acteurs dans le secteur énergétique. Avec un ministère, les compétences disséminées ici et là seraient difficilement gérables. Aucune institution ne lâcherait prise avec un scénario du genre. Dr Archer est contre la mise en place d’un ministère de l’Energie afin d’éviter tout conflit.
« Vu la configuration du système, ce qu’il nous faut absolument, c'est la mise en place d'un coordonnateur du secteur de l’énergie avec rang de ministre pour discuter avec ses collègues », a avancé le coordonnateur de l’Observeh. A ses yeux, ce coordonnateur doit être suffisamment habile pour engendrer au sein de la société haïtienne une transition énergétique de façon cohérente. Cette transition est déjà mise en œuvre, voire très avancée dans divers pays, notamment en Europe.
Si les autorités en place veulent offrir une bouffée d’oxygène au secteur, elles n’ont qu’à nommer un directeur de l’Autorité nationale de régulation du secteur de l'énergie (ANARSE), estime Dr Archer. Un responsable identifiable qui mettrait en pratique certaines dispositions. Une fois le régulateur opérationnel, on peut travailler ensemble et délimiter son champ d’intervention». Pour Marc Antoine Archer, la désignation d’un responsable de l’ANARSE est fondamentale pour le progrès dudit secteur.
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