Ti Nès Jean-Joseph était élégant sur le terrain de jeu. Mince, élancé, l’arrière du Violette AC et de la sélection haïtienne était habité d’une formidable confiance dans ses capacités. Le sens de l’anticipation, la sûreté dans l’interception, une égale précision dans la relance. Le poste de libéro, s’il avait été inventé par Frantz Beckenbauer, semblait taillé sur mesure pour Ernst Jean-Joseph. Le goalkeeper, Henri Francillon ou Wilner Piquant, avec Ti Nès et Wilner Nazaire, plus tard Frantzy Mathieu, dans la charnière centrale de la défense, pouvait être rassuré. Ti Nès ne se cantonnait pas sur la ligne défensive. Il lui arrivait, à la manière de Beckenbauer ou de Daniel Pasarella, de remonter le champ de jeu, balle au pied, pour porter le danger dans le camp adverse. Il est vrai que, dans le dispositif tactique monté tour à tour par Antoine Tassy et Joseph Piontek, le médian défensif (Guy François ou Eddy Antoine ou encore Gérald Romulus) assurait la couverture devant la défense. Sur la fin de sa carrière, dans son club mythique, le VAC, Ti Nès montait avec Philippe Vorbe une combinaison offensive le plus souvent concluante. Sur les coups francs dont le VAC était bénéficiaire, Vorbe se chargeait de l’exécution. Il ne tirait jamais directement au but – d’autant que la position était excentrée –, il soulevait plutôt la balle dans le carré de réparation. Ti Nès jaillissait pour reprendre victorieusement de la tête. Imparable ! Je me disais que le coup avait été travaillé à l’entraînement. Il faut le croire ! Cette combinaison offensive augmenta la sympathie dont jouissaient les deux joueurs dans le cœur des amants du foot. Cependant, je retiens un geste hasardeux qu’exécutait Ti Nès en plein carré de réparation. Il est cerné par l’attaquant, il tente le dribble, le réussit, puis remonte balle au pied ou relance… Il y avait de quoi faire amener le cœur à la bouche ! Pas une seule fois il n’a raté le geste. Il était confiant en lui-même. Quel talent !