Les yeux noirs de Yaël me scrutent gentiment. Pour que le courant passe entre nous, la jeune femme doit fouiller au-delà de ce qu’elle voit et essayer de me percer en quelques secondes. L’artiste ne s’arrête jamais sur les apparences. On converse poliment, question de mettre l’ambiance, mais j’ai encore l’impression de ne l’avoir pas convaincu. Mais le temps de quelques éclats de rires et des échanges anodins, la glace se rompt et c’est avec grand plaisir qu’elle se confie pendant 55 bonnes minutes. Je comprendrai plus tard qu’en plus de sa timidité, la jeune femme se demandait pourquoi Ticket s’intéresserait à elle. La réponse est pourtant claire, Yaël : ton talent est indéniable!
Le 9 novembre prochain, la fille de Lissa Jeannot et de Patrice Talleyrand fêtera ses 23 ans. Mais ne vous méprenez pas, elle n’a rien d’une enfant qui utilise la peinture comme passe-temps. Pour elle, son art c’est du sérieux. Ayant grandi dans l’univers des galeries, toujours entourée de grands peintres, entre l’art et la jeune femme c’est une grande histoire d’amour. « Je crois que le seul domaine qui me définit vraiment c’est l’art », dit-elle pour se présenter. « Mon parcours scolaire est complètement basé sur ça ». Yaël a aussi beaucoup voyagé pour présenter ses œuvres. Ce sont ses enfants. Ce pour quoi elle vit. Ce qui la représente vraiment. « Je fais beaucoup de sacrifices pour ma peinture. Que ce soit dans la qualité des produits que j’achète, des canevas ou des encadrements. Je ne lésine pas en ce qui a trait à mes tableaux », explique Yaël d’un ton ferme. « La peinture est mon plus grand moyen d’expression. Je me rappelle après m’être séparé de mon ex, je suis resté enfermée deux jours dans ma chambre à pleurer et à peindre. J’ai réalisé des tableaux extraordinaires à ce moment-là et je me suis dit j’espère ne pas devoir passer par autant de ruptures pour peindre aussi bien », lâche l’artiste dans un grand rire.
D’une beauté naturelle, la petite amie de TMD ne fait pas trop d’effort pour rayonner. Simple, le visage un peu pâle à cause d’un reste de fièvre zika, cheveux naturels tirés en arrière, Yaël est sans fard ni artifice. « Je vais rarement au studio pour me coiffer les cheveux, je ne me maquille qu’en de rares occasions, je suis toujours très simple », avoue-t-elle dans un sourire timide. Ce matin une petite robe blanche sans manches à boules noires, enveloppe son corps svelte. Ses épaules dénudées laissent apparaître la queue des Mabouya tatoués à l’encre noire sur sa peau. « Le Mabouya est le symbole de mes parents. J’en ai un sur chaque épaule. En tout, j’ai 5 tatouages », raconte la grande sœur de T-Dezòd, blagueur populaire des réseaux sociaux. D’ailleurs la date de naissance de celui-ci est aussi gravée derrière l’oreille droite de Yaël.
Yaël est aussi une grande amoureuse. Cette relation vieille de six mois avec Michel Dulix (TMD), est l’une des meilleures choses qui soient arrivées à l’artiste cette année. « TMD et moi, on se connaît depuis l’enfance mais on n’est jamais sortis ensemble. J’ai beaucoup appris de lui, il est un vrai partenaire. Il m’aide, grâce à lui je suis devenue beaucoup plus soignée dans mon travail. Il est musicien, je suis peintre. On se complète. À 4 heures du matin, tu peux nous trouver avec un gros pot de café, lui faisant de la musique et moi de la peinture, parce qu’on ne va pas dormir ce soir », confie la jeune femme, les joues roses d’amour.
C’est au Café 36, à La Lorraine, Pétion-Ville, que Yaël exposera sa toute dernière collection, ce jeudi 17 septembre de 7 h à 11 h pm. Après ce vernissage, les œuvres de Yaël resteront exposées au Café 36 jusqu’au 30 septembre.« Tout est prêt même s’il faudra m’arracher les tableaux pour aller les déposer au lieu d’exposition. Je les considère comme mes bébés, il est toujours difficile de m’en séparer ». Pour Yaël, vendre ses œuvres n’est pas le plus important. « Je fais l’exposition parce que si je ne vends pas les tableaux ils vont s’empiler chez moi. Mais sinon j’aurais pu tous les garder. Ils sont une partie de moi. D’ailleurs je me réserve le droit de ne pas vendre à un acheteur. Si je n’aime pas l’énergie qui se dégage de la personne,elle n’aura pas droit à une partie si intime de moi », assure l’artiste qui est convaincu que l’art est le seul langage qui relie même les personnes les plus différentes.
Les projets de la jeune femme sont énormes même si ses vraies aspirations sont surtout dans le domaine de l’enseignement de l’art. Professeur au Centre d’art, voir ses élèves arriver à s’exprimer est sa plus grande satisfaction. « Par ailleurs, j’aimerais organiser dans le futur une résidence artistique en Haïti. Ce serait formidable », confie celle qui a grandi à Jacmel, Kabik plus précisément dans une maison au bord de la plage. Timide, Yaël avoue déjà que ce ne sera pas elle la star de la soirée. « Je serai là pour sourire et faire la belle, tout simplement », dit-elle dans un éclat de rire. « C’est Michel qui parlera aux invités, j’ai trop peur des gens pour cela. »
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