Nous sommes au dernier jour de l’exercice fiscal 2015-2016, et aujourd’hui encore, pas moins qu’hier, la destinée du pays s’écrit en lettres sombres. Quel bon souvenir cette année va nous laisser ? Est-elle meilleure que la précédente ? Sera-t-elle pire que celle qui s’en vient ? Que pouvons-nous en espérer ? Mieux vaut ne pas répondre à ces interrogations pour ne pas buter sur des réponses dérangeantes.
Cependant, à suivre l’évolution du pays du simple point de vue administratif, on peut constater qu’il n’y a pas de changement majeur. Car la question des élections présidentielle et législatives qui s’agitent depuis tantôt deux exercices dans le pays reste toujours un mystère. Quant au budget de la République qui devait être finalisé depuis juin et voté avant la fin de l’exercice, ce document n’a pas bénéficié de l’aval du Sénat. Ce qui donne la prérogative à l’exécutif d’adopter le budget tel qu’il avait été préparé et envoyé au Parlement, au cas où les deux chambres ne réagissent pas sur la question avant le 30 septembre, selon les prescrits de la loi sur l’exécution des lois de finances créée en 2005.
Par ailleurs, le Conatel a inauguré les 27 et 28 septembre un nouvel événement dans l’agenda des rendez-vous importants du paysage technologique haïtien avec l’organisation du premier « Salon de l’Économie numérique ». C’était le moment pour les Haïtiens, entre autres, de se positionner, de s’informer sur les possibilités d’Haïti de tirer profit de la manne du numérique. Toutefois il reste du chemin à parcourir.
Les bouleversements enregistrés au sein des technologies de l’information et de la communication ne laissent personne indifférent. Plus rien ne sera comme avant. On le sait tous. Pourtant tous les pays ne vivent pas la révolution numérique avec la même intensité. Cette semaine s’est tenu un salon de l’économie numérique, le premier, dit-on. Peu importe, c’est l’occasion rêvée pour canaliser les acteurs, convaincre les investisseurs potentiels et rassurer ceux qui sont déjà dans nos murs afin d’orienter avec science et stratégies appropriées la destinée de ce pays qui ne cesse de patauger dans la misère.
En dépit des efforts dans la pénétration depuis près de deux décennies, notamment dans la téléphonie et l’Internet, Haïti n’a pas fait assez pour que la population puisse jouir pleinement des fruits du développement dans ce domaine. Du développement économique et social, par voie de conséquence.
Le jour viendra peut-être où les mutations se feront sentir positivement. Mais pas encore. Le pays se positionne en queue de peloton en raison de sa faible «préparation aux réseaux» du Forum économique mondial. C’est-à-dire de la capacité encore très limitée du pays à utiliser les progrès technologiques dans l'amélioration du bien-être de sa population.
Les espoirs pourraient disparaître si une institution comme la Faculté des sciences de l’Université d’Etat d’Haïti n’avait pas gagné le hackathon, épreuve technologique où deux autres équipes universitaires, Unasmoh et Esih, ont également concouru, lors de ce Salon de l’économie numérique du Conseil national des télécommunications (Conatel). Il s’agissait pour les compétiteurs de concevoir en l’espace de 48 heures sans interruption – le prototype d’une application en vue de booster l’innovation dans le système bancaire. Tout n’est pas perdu.
Mais on pourrait se demander quelles sont les grandes entreprises du terroir à disposer d’une section dite Recherches et développement pour booster son domaine de prédilection et dynamiser l’économie numérique. Dans l’indice de compétitivité publié chaque année par le Forum économique mondial, l’innovation est un des 12 piliers. En vérité, quand la propriété intellectuelle ne veut rien dire même pour des gens soi-disant lettrés. Si les gens qui créent ne vivent pas de leur création, à quoi sert l’innovation ? Cela ne concerne pas uniquement l’économie numérique.
Nous ne sommes pas sans savoir que les meilleurs revenus dans le monde numérique viennent de l’exploitation des Software, la partie non tangible qui fait fonctionner ordinateurs, téléphones intelligents, tablettes tactiles, les consoles de jeu, etc. Le pays a tout à gagner si nous parions fort sur les jeunes, si nous encadrons les centres universitaires, les centres de formation spécialisée. Une bonne partie de la matière grise existe déjà, dans l’alma mater comme dans la diaspora. Qu’est-ce qu’on fera ?
Pendant que la télévision numérique tarde à entrer chez nous, les autres pays continuent de progresser, faisant ainsi de nous dans ce domaine comme tant d’autres, le mauvais élève de la classe.
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