Un convoi de deux camions de CARE Haïti a été pris pour cible au niveau de la localité de Duchiti. Les chauffeurs ont dû prendre la fuite pour éviter d’être lynchés par une population déterminée à accaparer l’aide en direction de Jérémie. Le Programme alimentaire mondial a connu le pire quelques jours plus tard. Un conteneur de 40 pieds transportant du riz a été attaqué sur la route de Jérémie (Nan Ranp). Tout le riz a été emporté par les habitants de la zone, des passants et tous ceux qui en voulaient. Les convois sont surveillés, attaqués et dépouillés par ceux qui réclament l’exclusivité de l’aide destinée à toutes les victimes. « Malheureusement, il y a des gens qui essaient de profiter de cet effort humanitaire et on a perdu, pour cause de vol, une grande quantité d'aliments », a déclaré jeudi à l'AFP Carlos Veloso, directeur du PAM en Haïti. « Cela va retarder tout notre effort d'amener les aliments à la population, ou sinon, on doit prendre des moyens beaucoup trop chers, par hélicoptère, et on n'arrivera pas à fournir la même quantité aux mêmes endroits », redoute-t-il. Quand les convois ne sont pas attaqués, ce sont les distributions qui tournent au vinaigre. Une distribution de la CARE a failli finir en drame à Roseaux, mardi dernier. Les humanitaires ont dû tout simplement abandonner les camions de kits d’hygiène à la population. Des individus masqués dans certains quartiers de Jérémie empêchent la sortie des camions en direction d’autres communes du département. Plusieurs convois ont essuyé des jets de pierre. Le fiasco de la gestion postséisme en 2010, où seule une infime fraction de l'aide a été reçue par les victimes, est dans toutes les mémoires et les familles sinistrées par l'ouragan craignent d'être oubliées. Une semaine après le passage ravageur de l'ouragan qui a causé 546 morts, 128 disparus et 439 blessés, la colère monte chez certains habitants des zones isolées: plusieurs convois humanitaires ont été bloqués par des barricades et, dans quelques cas, pillés sur la route nationale traversant la péninsule du Sud. « Je comprends le désespoir des gens mais il faut nous aider. Il faut laisser passer l'aide », a plaidé Carlos Veloso. « Il y a des endroits qui vont recevoir d'abord et d'autres dans une deuxième phase. Mais on doit le faire d'une façon organisée, car on ne peut pas aller dans tous les endroits au même moment ». Au lendemain de la catastrophe, le gouvernement s’est montré déterminé à organiser et contrôler l’aide. Depuis l’arrivée jusqu’à la distribution, « tout doit passer par le gouvernement », avait insisté le ministre de l’Intérieur. « Elles ne sont pas toujours disponibles et on ne sait pas toujours à qui s’adresser », a témoigné, au Nouvelliste, un responsable d’ONG qui a requis l’anonymat. A Jérémie, par exemple, il y a le délégué départemental, le maire, le directeur départemental de la Protection civile et deux autres personnalités déléguées par l’exécutif pour coordonner l’aide sur le terrain. « Parfois, on ne sait pas vraiment qui fait quoi », déplore le chef de cette agence internationale. La police manque de bras, elle n’est pas toujours en mesure d’accompagner les institutions humanitaires dans les distributions. Une situation qui, dans l’ensemble, retarde l’acheminement de l’aide dans les communes reculées et les sections communales. Il faudra 45 millions de dollars pour assurer la réponse alimentaire d'urgence aux 750.000 personnes les plus menacées et 6 millions de dollars additionnels seront nécessaires pour financer la logistique de cette aide. Avant même le passage de l'ouragan Matthew sur Haïti, 3,2 millions d'habitants, sur une population totale estimée à 10,3 millions, étaient déjà en situation d'insécurité alimentaire, selon le dernier rapport de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) publié en septembre.