Comme les autres temples et lieux de cultes, le secteur vaudou a, lui aussi, enregistré des dégâts causés par Matthew qui a particulièrement laissé la péninsule du Sud en lambeaux. En effet, 625 péristyles ont été détruits dans les départements du Sud et des Nippes durant le passage de l’ouragan Matthew les 3 et 4 octobre 2016, précise une dépêche de l’agence en ligne AlterPresse qui rapporte des informations fournies par la Confédération nationale des vodouisants haïtiens ( KNVA en haïtien). D’autre part, 276 péristyles sont détruits dans le Sud et 349 dans les Nippes (autre partie du Sud-Ouest), selon un dénombrement partiel de la KNVA. Côtes-de-Fer, Bainet et Belle-Anse (Sud-Est) sont les trois zones, où sont enregistrés les dégâts majeurs dans les sanctuaires vodou, rapporte la mambo,Euvonie Georges Auguste. Des milliers de vodouisants sont également sinistrés, a-t-elle fait savoir. Aucun rapport, en ce qui concerne le secteur vodou, n’est encore disponible, dit-elle, pour le département de la Grand' Anse lourdement touché durant le passage de l’ouragan. À Gros-Morne, une commune du département de l’Artibonite, les murs de près de 13 péristyles se sont effondrés, des jardins ont été détruits et des têtes de bétail emportées, selon le nouveau chef suprême du vodou haïtien, le nouvel Ati national, Joseph Fritzner Comas. Face aux dégâts de l’ouragan, Konfederasyon nasyonal vodouyizan ayisyen lance une opération baptisée « Adoquin » (nom donné à la pièce de monnaie en gourde en Haïti) en vue d’assister les vodouisants sinistrés. Devant l’étendue des dégâts et l’urgence du moment, un appel à contribution est lancé pour aider des vodouisants à reconstruire leurs maisons détruites durant l’ouragan Matthew, qui a fait 473 morts, 75 disparus, 339 blessés et poussé plus de 175 500 personnes dans 224 abris provisoires, selon un bilan encore partiel de la Direction de la Protection civile (DPC) Opération « Adoquin » en marche L’opération « Adoquin » - opération de collecte d’argent pour venir en aide aux vodouisantes et vodouisants, sinistrés après le passage du cyclone Matthew,débute le mercredi 12 octobre 2016 et s’achève le samedi 30 octobre 2016. « Nous avions déjà pu collecter des vêtements et des chaussures pour des adultes et des enfants, des ustensiles de cuisine, de la nourriture et de l’eau », a fait savoir Euvonie Georges Auguste, qui se plaint d’une carence en eau dans le département de la Grand'Anse. Elle exhorte les actrices et acteurs du pays à faire preuve de solidarité pour aider les départements affectés par le cyclone. Les autorités haïtiennes, qui n’accordent pas d’importance à la vie des autres, négligent de faire de la prévention pour les protéger, a-t-elle fustigé. « Nous devons nous asseoir ensemble pour réfléchir et collecter ce qui est nécessaire et mieux canaliser les aides apportées au pays ». Avant l’ouragan, aucune disposition n’a été prise pour sécuriser la population haïtienne ainsi que la production nationale, déplore Auguste. Le vodou accorde une importance toute particulière aux arbres. Des palmiers, des cocotiers, même des arbres géants qui revêtent une importance pour les vodouisants ont été dessouchés. Matthew a terrassé un géant à l'Anse-à-Veau De passage à l'Anse-à-Veau pour constater les dégâts, le dimanche 16 octobre, le directeur général du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural, l’ingénieur-agronome Arnoux Séverin, sur sa page Facebook, a constaté que l'ouragan Matthew a frappé un géant qui n'a pas résisté à l'assaut féroce et furieux des vents soufflant à plus de 250 km/h. Il s'agit du manguier mythique et mystique connu sous le nom de "Mango Félix", du nom d'un grand notable de la zone. « Aucun Ansavelais ne peut prétendre ne pas connaître cet arbre de plus de 30 mètres de haut et d'un diamètre à hauteur de poitrine dépassant 1m50 dans la zone de « Dèyè Jaden », aux abords de la route conduisant vers la commune d'Arnaud. Arnoux Séverin a souligné que cet arbre symbolisait la force, la longévité, la puissance et l'élévation. Cet instrument de communication entre la terre et le ciel, pour certains, est tombé. Mango Félix appartenait à une variété de mangue connue sous le nom de Mango Jérémie et appelée par les Ansavelais Mango Miskèt. Avec une frondaison importante, véritable reposoir pour les passants, cet arbre donnait des fruits que plus d'un dégustait goulûment, surtout les écoliers en période de fructification. Le directeur général du ministère de l’Agriculture s’est exclamé : « Les Ansavelais se souviendront longtemps de Mango Félix ! ». Et ajoute-t-il, « pour le perpétuer, mettons en terre des plantules de manguiers que verront la génération future qui seront aussi majestueux à la dimension de Mango Félix ».