Durant cette semaine, la nouvelle de l’élection de Donald Trump n’a laissé personne indifférent. Des politiques aux financiers, en passant par l’homme de la rue, chacun veut savoir ce qui se trame derrière cet homme au parcours exceptionnel devenu président des États-Unis d’Amérique qui fait souvent figure de gendarme du monde. Entre déception et jubilation, chacun y va de son état d’âme, de son attachement ou de sa philosophie. Chaque capitale occidentale (pour ou contre) a vite adressé des mots de félicitations ou d’encouragement au prochain homme fort de la Maison-Blanche. Au pays concerné où la nouvelle a fait l’effet d’une douche froide pour une bonne partie de la population, en dépit de quelques manifestations et quelques heurts, les activités continuent de suivre leurs cours normal. Hillary Clinton, qui envisageait de devenir la femme la plus puissante du monde, en moins de six heures, a vécu la plus grande désillusion de sa vie. Mardi soir, la femme de l’ex-président Bill Clinton a été la personnalité la plus malheureuse au monde. Cependant, fairplay oblige, elle devait faire bonne figure et jouer la carte du bon perdant en appelant le vainqueur pour le féliciter. Il n’y a pas meilleur exemple de grandeur. Haïti ne saurait se comparer à une si grande démocratie que celle des États-Unis, qui a connu, il faut le rappeler, des moments sombres dans son histoire récente. Mais l’économie continue de fonctionner normalement. La nouvelle a certes fait le tour du monde, a eu l’effet d’une bombe tant les marchés financiers et les partenaires des États-Unis souhaitait la victoire des démocrates, mais la situation demeure sous contrôle. Des petits États, comme Haïti, qui font face à tant de difficultés pour asseoir les bases de la démocratie à l’occidentale, doivent aussi tirer les leçons d’une telle opération électorale. Déjà, l’équipe de transition de Donald Trump est constituée et il n’y a pas de temps à perdre, parce que, dans ce pays, les intérêts supérieurs de la nation viennent avant ceux des particuliers. En Haïti, nous ne pouvons pas prétendre à de telles planifications au plus haut sommet de l’État. Cela fait plus de cinq ans que des élections devaient avoir lieu. De report en report, maintenant la date du 20 novembre est finalement retenue. Personne ne sait si les élections vont avoir lieu réellement tenant compte des doutes qui planent sur le processus. Même les membres du CEP. L’instabilité, le doute et les incertitudes alimentent normalement et dangereusement le sentiment de méfiance généralisée qui atteint les hommes d’affaires et les potentiels investisseurs qu’ils soient nationaux ou étrangers. Haïti est à la croisée des chemins. Et le monde a les yeux rivés sur nos moindres mouvements. Le pays, qui ne s’est jamais totalement remis de la tragédie du 12 janvier 2010, se trouve aujourd’hui embourbé dans une crise politico-électorale aggravée par la réponse à apporter aux victimes après les dégâts causés par l’ouragan Matthew. Face à l’état d’inertie de notre paysage socio-politique et l’asphyxie qui menace l’économie haïtienne, la seule bouée de sauvetage qui nous reste est la présidentielle du 20 novembre. Est-ce trop demander à nos dirigeants que de nous éviter l’humiliation et la honte en nous garantissant une journée électorale digne d’un peuple souverain ? Faites-vous honneur, messieurs et mesdames! On n'attend pas de vous un exploit. Suivez les bons exemples.