Il était, le talentueux défenseur, de l’aventure londonienne de 1966, plutôt du fiasco pendant la Coupe du monde qui se déroula en terre anglaise. Avec un Pelé maltraité, matraqué systématiquement et finalement blessé pour étre évacué sur civière, le Brésil, tenant de la Coupe Jules Rimet, sombra dans une poule que domina de la tête et des épaules un Portugal emmené par l’efficace attaquant Eusebio. Les auriverde sortirent par la petite porte de la compétition mondiale. L’inertie du corps arbitral ne fut pas toute l’excuse atténuante de l’élimination prématurée. La principale raison tient en ce que le tenant du titre devient du coup une cible à abattre. « Manière de voir» devait titrer à la une de son Spécial à l’orée du Mondial français de 1998 : « Le sport, c’est la guerre ! » Vrai, en partie. C’est aussi la paix. Quand une sélection échoue, des têtes tombent. Des dirigeants se démettent. Des joueurs ne sont plus rappelés. Tostao et Jairzino qui avaient rejoint les cadres de la seleçao en 1966 sont présents à Mexico, quatre ans plus tard. Mais Carlos Alberto faillit ne pas être du voyage. Le sélectionneur Saldana eut une mauvaise vision des potentialités et des capacités de cet immense arrière latéral droit. Heureusement, Mario Lobo Zagalo répara l’injustice en le rappelant dans le groupe et lui confia le brassard de capitaine. Naturel qu’il souleva, dans un stade en délire, la coupe Jules Rimet au terme d’une finale âprement disputée entre le Brésil et la Squadra Azzura. L’image de cette finale qui restera dans l’histoire de la compétition est la passe décisive que Pelé, temporisant faussement, lui adressa sur la droite du carré de réparation italien. Carlos Alberto décocha un tir surpuissant que le gardien Albertozzi ne put saluer qu’au passage. La finale tirait vers la fin. Ce 4e but brésilien, marqué par le capitaine de la seleçao, devait clore les débats. Un but de légende et son auteur entrait dans l’Histoire du foot. Seconde image : Pelé faisant, sous les couleurs du New York Cosmos, ses adieux au terme d’une fabuleuse carrière. Le magazine Onze couvrit l’événement avec un titre rituel : « Le roi est mort, vive le roi ! » et un chapeau plein de justesse : « Les adieux de Pelé/ 1er octobre 1977, New York. Le Roi Pelé fait ses adieux au football, au terme du 1363e match de sa fabuleuse carrière. Un grand moment d’émotion.» Effectivement, à la fin de la partie entre le mythique Santos FC « son Santos» et le Cosmos - le roi joua 45 minutes dans chaque camp – il verse de chaudes larmes. Carlos Alberto le console. Extrait du reportage de Thierry Hubac de « Onze» : « Je suis très heureux d’être là, aujourd’hui, pour ce grand moment de ma vie. Et j’aimerais profiter de cette occasion pour vous demander d’être attentifs à tous les enfants du monde. Nous en avons trop besoin. Tout passe dans la vie. Pas l’amour. C’est la chose la plus importante du monde. Alors, vous allez crier avec moi !» Et les 75 000 spectateurs du Giants Stadium de reprendre en chœur, chavirés d’émotion : « Love ! Love ! Love ! » Les bras chargés de fleurs, Pelé pleure. Son visage baigné de larmes s’affiche sur écran géant. Il tombe dans les bras de son ancien coéquipier de la Seleçao, Carlos Alberto, puis dans ceux de son partenaire du Cosmos, Frantz Beckenbauer et, enfin, il donne l’accolade au boxeur Mohammed Ali, venu, comme tant d’autres, lui rendre hommage. Ce 1er octobre 1977, à East Rutherford, dans la grande banlieue de New York, le « Roi» fit ses adieux au football, trois semaines avant de fêter son trente-septième anniversaire.» ( fin de l’extrait). Le temps a passé. Mohammed Ali est parti en 2016. Carlos Alberto a tiré la révérence le 25 octobre 2016. Pelé et Beckenbaueur nous tiennent toujours compagnie. Tous sont déjà entrés dans la légende dans leur discipline sportive respective. Et nous, les témoins du temps, nous restons là à regarder passer le temps. Quel formidable privilège !