Les résultats définitifs de la présidentielle devront être connus le 29 décembre, sauf si, sur demande d’une partie au procès, le BCEN ordonne la vérification de procès-verbaux, de listes électorales partielles qui pourra prendre du temps. La porte à une victoire dès le premier tour n’est pas fermée, tout comme celle d’un second tour. Là encore, il faudra attendre et garder à l’esprit qu’au 7 février 2017 ou dans les semaines d’après, le pays devra clore ce processus électoral long, éreintant et sortir enfin du black-out sur l’essentiel. L’essentiel, entre autres, c’est la cherté de la vie, l’augmentation inquiétante du nombre de pauvres, plus de six millions, la grande précarité des populations du grand Sud affectées par l’ouragan Matthew, le pouvoir d’achat des ménages à revenus intermédiaires et moyens qui fond comme du beurre au soleil. Sur ces thématiques essentielles, la veille n’est pas faite de manière efficiente. Il n’y a pas d’organisations de défense des droits des consommateurs aussi influentes que peut l’être un RNDDH, une Jilap, l’ISC, la POHDH pour toucher du doigt les dérives éventuelles des marchés, forcer les pouvoirs publics à agir. Les marchés ne sont pas suivis correctement, l’analyse de la structure de prix de produits stratégiques –mis à part l’essence- n'est pas fait de manière systématique. L’indice des prix à la consommation de l’IHSI est très utile mais assez illisible pour les non-initiés. Le ministère du Commerce et de l’Industrie n’est pas encore parvenu à massifier l’accès à l’information sur les marchés afin que les consommateurs puissent connaître au moins les tendances des prix à l’export (free on board) FOB, les frais de transports, de stockage, de manutention, le différentiel de prix entre le prix d’achat CIF et le prix de détail, les marges de commercialisation, bref, les rendements ou bénéfice des importateurs de produits à consommation de masse comme le riz, le maïs, l’huile de cuisine, les pâtes alimentaires, la propane. Pour un produit comme le riz, qui observe que les prix à l’export (free on board) connaissent une tendance marquée à la baisse, généralement en dessous de 400 dollars la tonne métrique depuis juillet 2015, à l’exception de juillet 2016 quand le prix était de 456,24 dollars US la TM, depuis septembre avec 384 dollars US, le prix du riz est à la baisse sur le marché international. En octobre 2016, il était de 367.67 dollars. Sur le marché local, le prix du riz s’apprécie. Cette appréciation est-elle due à la décote de la gourde qui n’est pas loin de 70 gdes pour 1 dollar( actuellement 67 gdes,15 la vente et 67, 65 à la vente) , d’anticipation d’importateurs, de l’absence du débat public du principe des prix locaux administrés par le secteur public et le secteur privé selon des modalités en cours dans différents pays voir (Costa Rica) pour réguler les marges trop élevées des intermédiaires ? Le débat sur les marges trop élevées ne devrait en aucune façon occulter l’urgence de vraie subvention, de moyens d’accompagnement de la production pour rendre le riz local compétitif par rapport aux riz américain des fermiers largement subventionné. Pour d’autres produits à grande consommation, il faut plus d’informations, plus de transparence parce qu’aujourd’hui, être secteur privé est perçu par beaucoup comme un accommodement entre les pouvoirs publics (l’exécutif et le législatif) et des acteurs économiques influents pour rester dans le « business as usual ». C’est-à-dire opacité, paiement limité de taxes sur les chiffres d’affaires, de niveau d’exonération d’impôts, selon l’analyse de certains experts internationaux. Cependant, il est permis d’espérer qu’en étant pro-secteur privé, les responsables des pouvoirs publics soient conscients du chantier du renouveau, de l’urgence de la transparence, d’équité, de fermeté par rapport au respect des règles pour enfin encourager la production, rompre avec le régime des privilèges. Le modèle de la rente est en fin de vie. Il ne faudrait pas l’oublier. La part importante de la consommation de biens et service basée sur plus de deux milliards de transfert de la diaspora vers Haïti n’est pas à l’abri de rhume. Donald Trump, sa politique sur l’immigration, sa volonté de casser des accords commerciaux et le malaise de minorités aux USA peuvent avoir des conséquences économiques insoupçonnées sur Haïti, orpheline des ressources de PetroCaribe au pire moment. Sortir du black-out sur l’essentiel concerne aussi la presse, les médias. Le temps de mettre du contenu dans le débat public, ne plus souffrir dans la salle d’attente de la paresse intellectuelle, de la volonté de distraire au lieu de pousser à la réflexion, à l’action intelligente et courageuse…