En vue de l’obtention du diplôme d’ingénieur-agronome, option économie et développement rural, Frantz Mial, originaire du département du Nord-Ouest, a effectué une étude de cas, sur la période 2012-2015, sur trois mutuelles établies dans la 9e section Les Palmes de la commune de Petit-Goâve. Ces mutuelles selon le jeune chercheur, représentent la force motrice de l’économie rurale haïtienne et tout particulièrement de cette localité de « Les Palmes ».
Collecte des données sur les activités menées par les ménages avec les crédits octroyés, captation des cotisations des ménages, observation de la tranche des chiffres d’affaires et des achats habituels avant et pendant le crédit, le taux de recouvrement des caisses, etc., sont autant de paramètres pris en compte dans la méthodologie adoptée par M. Mial dans le cadre de ce travail de recherche. Au cours de la période étudiée, à savoir 2012-2015, il a donc découvert que le cumul des cotisations au sein des trois mutuelles en question s’élevait à hauteur d’un million de gourdes environ et que leur portefeuille de crédit a atteint plus de 2.5 millions de gourdes. Un montant qui a été versé en crédit aux ménages à 403 reprises.
Dans l’ensemble, cette étude a permis à Frantz Mial de mieux comprendre cet outil de financement qui représente le moteur de changement dans la relance de l’économie des ménages ruraux. En effet, les mutuelles permettent à ces ménages, ne serait-ce que symboliquement, exclus du système financier formel, d’avoir un carnet d’épargne et de crédit. En outre, elles facilitent la circulation monétaire dans la zone et, depuis leur création, elles ont complètement chassé les usuriers ainsi que d’autres institutions de crédit qui intervenaient à Les Palmes.
En un mot, le développement des MuSo dans la 9e section Les Palmes contribue donc à l’amélioration des conditions socioéconomiques des ménages. Surtout les femmes à qui elles confèrent un peu d’autonomie. Les recherches de Mial révèlent ainsi que les femmes sont beaucoup plus demandeuses de crédit que les hommes. Ces dernières s’orientent vers le commerce alors que les hommes généralement tendent vers l’agriculture.
Si sur le plan administratif les MuSo sont très performantes – grâce en majeure partie aux documents comptables utilisés, qui sont très bien structurés, faciles à utiliser et peu sophistiqués car la majorité des ménages n’est pas suffisamment scolarisée – cela n’a pas empêché Frantz Mial de formuler quelques recommandations pertinentes pour une exploitation optimale de cet outil.
D’après les conclusions de Frantz Mial, les services offerts par les MuSo doivent être élargis. Il faut selon lui créer une rubrique spéciale de crédits au sein des MuSo pour satisfaire les besoins des ménages en ce qui a trait au crédit à la consommation et de scolarité qui doit être octroyé de toute évidence à un taux d’intérêt et dans un délai différents du crédit d’investissement. Il recommande notamment la création d’une banque communautaire dans la section communale afin de gérer l’argent des MuSo et réclame une reconnaissance légale auprès des autorités compétentes pour cet outil de financement rural qui a depuis longtemps gagné ses lettres de noblesse.
Actuellement, la section compte 27 MuSo regroupées au sein d’un réseau. Ces MuSo ont été mises en place à partir de 2011 par le Réseau des organisations pour le développement des Palmes (RODEP), avec le support de la Fédération Luthérienne Mondiale (FLM), dans le but de mettre une structure financière à la portée des ménages ruraux qui n’ont pas accès au crédit. En 2012, dans la localité dénommée « Les Palmes », sur une population de 3256 habitants (données IHSI), 1 320 ménages sont impliqués activement dans les MuSo.
Les mutuelles sont un groupement de personnes d'une même localité qui ont décidé de s'unir pour gérer un système simple, souple et solidaire, articulé autour de trois caisses clairement identifiées : une caisse verte recueille les cotisations dont le montant accumulé constitue le fonds de crédit. Cette épargne est récupérable, notamment au moment de la retraite. Une caisse rouge recueille des cotisations non récupérables et sert de fonds de secours (incendie, maladie…). Une caisse bleue peut (entre autres services) accueillir des financements de l'extérieur.
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