Dans le cercle très fermé des techniciens ayant guidé une sélection nationale à une phase finale de Coupe du monde de la FIFA, il ne faut citer qu’Antoine Tassy et Jean Yves Labaze. En 1974, en Allemagne, le premier, qui reste l’entraîneur emblématique d’Haïti, avait marqué les esprits en permettant aux Grenadiers de prendre en 1973 l’unique billet disponible pour aller à Munich. Pour certains observateurs, l'âge d’or du foot haïtien se situe entre 1971 et 1976 lorsqu’Antoine Tassy dirigea l’équipe nationale.
Dans la foulée, les responsables de la FHF avaient fait appel à pas mal de techniciens locaux et étrangers, l’Allemand Sepp Piontek (1977-78), les Argentins Jorge Castelli (2001-02) et Andréas Cruciani (2002-03), l’Américain Fernando Clavijo (2003-04), le Cubain Luis Armelio Garcia (2006-08) et plus près de nous, le Colombien Jairo Rios Rendon (2009-10), le Brésilien Edson Tavares (2010-11), le Cubain Israel Blake Cantero (2012-13) et les Français Marc Collat (2014-15) et Patrice Neveu (2015-16). Aucun d’entre eux n’a pu conduire une équipe nationale (toutes catégories incluses) à une phase finale de Coupe du monde. Il a fallu attendre Jean Yves Labaze pour voir se matérialiser ce rêve.
Il a dû vaincre la misère, entraîner dans des conditions à peine acceptables, être mal nourri, pour mener à bon port le navire des petits Grenadiers. Malgré tout, avec les moyens du bord et avec la volonté manifeste et le talent d’une génération dorée (Charles Hérold Junior, Mechack Jérôme, Peterson Joseph, le capitaine, Fabien Vorbe et autres), Labaze a permis à Haïti de se hisser sur le toit du football caribéen en battant en août 2006, Cayman Island (5-0), Saint-Martin (10-0), Suriname (7-1), Barbade (5-0), Trinité-et-Tobago (1-0) avant de mordre la poussière (0-3) devant le Mexique.
En avril 2007, les petits Grenadiers, toujours sous la houlette de Labaze, allaient créer la surprise en tenant en échec le pays hôte 1 à 1 pour leur premier match dans l’ultime phase des éliminatoires de la Coupe du monde U-17 de la FIFA, Corée 2007. Qui plus est, les poulains de Labaze ont tenu tête à l’équipe championne du monde en titre, le Mexique (0 à 0) avant de surclasser le Salvador (3 à 0) et de se qualifier, de façon historique, pour la phase finale de cette Coupe du monde.
Si les petits Grenadiers, placés dans un groupe hautement élevé, n’ont pas pu tirer leur épingle du jeu en subissant la loi du Japon (3-1) et du Nigéria (4-1) qui allait remporter le titre, ils ont eu le mérite d’inscrire au moins un but à chaque rencontre et de tenir la France en échec (1-1). Il faut avouer qu’avant cette compétition, l’équipe de Labaze avait été décriée, contestée voire dénigrée par certains observateurs, sans doute jaloux de son succès.
Trois ans après, Labaze, véritable bête de travail, assistait à une importante séance de travail au local de la FHF, à l’Avenue Christophe. Et soudain, le drame inattendu arriva. Le bâtiment logeant la FHF s'effondra avec tous les dirigeants qui s’y trouvaient. Parmi les victimes, Antoine Craan, un grand serviteur du football, et surtout l’inoubliable Jean-Yves Labaze.
Sept (7) ans après, on ne cesse de répéter son nom dans le milieu footballistique haïtien. Pour lui rendre hommage,par décision de la FHF, une salle de son bâtiment, au Centre FIFA Goal, porte le nom de Jean-Yves Labaze, et depuis belle lurette. En Plaine du Cul-de-Sac, M. Toussaint organise toujours et de façon annuelle, la coupe Yves Labaze.
Selon plus d’un, Haïti doit attendre longtemps avant de voir surgir dans le cercle sportif un vieux routier comme Jean-Yves Labaze, natif de Léogâne, appelé par les membres de l’équipe U-17 ayant disputé la Coupe du monde de 2007, leur père spirituel.
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