L’absence de concurrence décourage l’investissement en Haïti. Le pays importe l’essentiel des biens de consommation. En effet, l'importation de produits stratégiques est contrôlée par quelques familles. C’est un fait connu. En outre, il est constaté que la culture de la concurrence n’est pas un souci dans le pays. Ce qui mine toute politique attrayante d’investissement et de création d’emplois. Le professeur Frédéric Jenny, professeur à l’ESSEC-Paris, ne s’est pas embarrassé de manière, le mercredi 18 janvier, à Port-au-Prince, pour indexer des pratiques anticoncurrentielles dans le pays où l’inégalité et la pauvreté sont parmi les plus criantes à la surface du globe. Quand il n’y a pas de concurrence, les prix sont élevés. La Banque mondiale en a largement fait mention dans son diagnostic sur Haïti en mai 2015. Le professeur Frédéric Jenny, qui est aussi président de la commission Droit et Politique de la concurrence au sein de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), est revenu sur ce rapport pour montrer que la concurrence est un vain mot dans le pays. « Plusieurs des principaux produits alimentaires dont dépendent les consommateurs haïtiens sont vendus dans des marchés concentrés, et une analyse préliminaire donne à conclure que leurs prix sont en moyenne d'environ 30 à 60 % plus élevés que dans les autres pays de la région », a souligné le professeur d’économie au « business school » ESSEC-Paris. Jenny constate que des pratiques de prix sont excessives en Haïti, notamment pour les produits stratégiques et de consommation de masse. Une situation qui centralise les fenêtres d’opportunité autour de quelques familles. Ces dernières tissent des réseaux sociaux d’accumulation. « La forte concentration des importations, dit Frédéric Jenny, persiste et peut abriter des pratiques anticoncurrentielles ». En citant le diagnostic de la Banque mondiale, le Dr Jenny rappelle que le taux de concentration est très élevé pour la plupart des produits comme les hydrocarbures, les véhicules motorisés. Il n’y a pas que des entreprises d’Etat qui bénéficient des pratiques anticoncurrentielles, certaines familles en jouissent largement au détriment d’une majorité. Le projecteur braqué sur la concurrence est perçu par le régisseur du Programme de mise en place du marché et de l’économie uniques de la Caricom (CSME), le Dr Alrich Nicolas, comme un pas dans la bonne direction. Pour lui, c’est un complément qui concerne certains aspects de son programme financé par l’Union européenne qui a produit des documents dans le domaine. Le Dr Nicolas souligne que, dans la même lancée, des démarches sont déjà en cours pour concrétiser le projet de l’autorité de la concurrence comme exigé par le traité de Chaguaramas révisé. Comme pour montrer que la concurrence est un stimulant pour la compétitivité régionale et mondiale, l’ex-chancelier haïtien, devenu régisseur du Programme de mise en place du CSME, indique que faire respecter les règles ne revient pas à pénaliser les entreprises. Mais veiller à leur respect favorise la protection du droit des consommateurs. Le Dr Nicolas qui s'exprimait en marge de cette séance de formation au Mariott hotel, confie que l’institution qu’il dirige a préparé un document-cadre pour l’élaboration d’une loi antidumping. Chargé de Programme et Coopération au Bureau de l’ordonnateur national du Fonds européen de Développement (FED), Joseph Sparte Odera, qui a introduit cette séance de formation, a fixé les grandes lignes. « La première partie de ces sessions de formation, dit-il, organisée par le Projet de renforcement des capacités au sein des Etats membres du Forum des Caraïbes pour les Etats ACP, plus connu comme Cariforum et ce dans les domaines de la concurrence, des marchés publics et des douanes, et facilitation commerciale pour la mise en œuvre de l’accord de partenariat. Si l’objectif général de la séance de formation consiste à soutenir l’intégration bénéfique des États du Cariforum dans l’économie mondiale, l’objectif spécifique entend contribuer à la mise en œuvre effective de l’APE Cariforum-UE, notamment en ce qui concerne les obligations relatives à la concurrence, aux marchés publics et aux douanes et à la facilitation commerciale. La session est consacrée à une approche générale du système de la concurrence. Elle explore comment Haïti pourrait bénéficier d’un tel système de droit de la concurrence. Le manuel de formation vante les mérites de la concurrence, et dans les petites économies ouvertes dans le Cariforum, les entreprises doivent rivaliser avec les importations et donc, ne peuvent survivre que si elles sont concurrentielles. Les entreprises emploient des personnes et de même, leur compétitivité garantit l'emploi. Le document souligne que les comportements commerciaux anticoncurrentiels comme la collusion en vue de fixer les prix entraînent la perte du bien-être des consommateurs puisque les entreprises impliquées dans la collusion accumulent des recettes (profits sans effort connexe) qui sont prises du revenu disponible des consommateurs, réduisant leur pouvoir d'achat et leur revenu disponible.