Le certificat délivré par la Banque nationale de crédit (BNC) à l’homme d’affaires Jovenel Moïse, justifiant le compte d’épargne chèque en gourdes, ouvert le 20 août 2011 au numéro 0340000272 dans sa succursale à Port-de-Paix, a mis un bémol aux tergiversations enregistrées sur ce dossier à quelques semaines de la prestation de serment du président élu. Le rapport de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), transmis au parquet et acheminé au cabinet d’instruction au motif de blanchiment d’argent, compte tenu des mouvements effectués sur ce compte, pourrait ne pas produire les effets escomptés. L’argumentaire de l’UCREF sur le rapport était centré sur les transactions en dollars américains de Jovenel Moïse et de sa femme, en effectuant des dépôts journaliers sur ce compte entre février 2012 et février 2013 pour un montant de 5 millions 559 914 dollars et 50 centimes comme dépôts, et 5 millions 581 071 dollars et 15 centimes comme retraits. Analysant les activités économiques et financières d’une ville comme Port-de-Paix, les enquêteurs de l’UCREF ne pouvaient pas comprendre comment un homme d’affaires évoluant dans cette ville pouvait effectuer des transactions journalières de 200 000 dollars américains sur son compte bancaire. Le certificat délivré par la BNC a prouvé que ces transactions étaient en gourdes. Lors du débat présidentiel à l’hôtel Karibe et dans d’autres circonstances, le président élu n’avait jamais raté l’occasion d'admettre le bien-fondé du volume de transactions sur ce compte, mais en gourdes. Le juge en charge du dossier, Breddy Fabien, poursuit son enquête pour la manifestation de la vérité. Il a l’autorité pour convoquer et interroger quiconque avant de conclure son rapport. Le certificat émis par la BNC justifiant que le compte incriminé est en gourdes et non en dollars donne l’opportunité au magistrat de confronter le président du conseil d’administration de ladite banque au directeur général de l’UCREF pour déterminer la vérité. Est-ce que la BNC peut prendre l’initiative de délivrer un certificat à un client spécifiant que son compte domicilié en sa succursale à Port-de-Paix est en gourdes, tandis que le directeur général de l’UCREF affirme disposer d'un formulaire d'ouverture de compte comportant le même numéro en monnaie américaine au nom de Jovenel Moïse délivré par la BNC ? Dans un sens comme dans l’autre, l’une de ces deux institutions perdra sa crédibilité et son représentant pourrait répondre devant un tribunal dans le cadre de cette affaire. Traditionnellement, les banques commerciales d’Etat sont souvent utilisées par des autorités politiques pour faciliter certaines transactions financières à des hommes politiques ou des proches parents. Depuis la réorganisation de cette institution sous l’administration du regretté Guiteau Toussaint, la BNC n’a pas été utilisée à des fins politiciennes. De son côté, l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) n’a jamais été mêlée à aucun scandale depuis sa création. La politique a-t-elle pu percer le mystère de l’une ou de l’autre de ces deux institutions au point de la désorienter de sa mission ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com