La prestation de serment du président jovenel Moïse le mardi 7 février 2017, devant les deux chambres réunies en Assemblée nationale, a mis fin au suspense qui entourait cette cérémonie. Les partis politiques et organisations de base, qui s’étaient opposés à la cérémonie de prestation de serment de cet entrepreneur, devenu 58e président d'Haïti, n’ont pas pu l’empêcher de franchir cette étape indispensable à la direction des affaires de l’Etat, avant l’ordonnance du juge instructeur. Comme à l’accoutumée depuis ces vingt dernières années, à l’arrivée de chaque nouveau président, les défis augmentent dans tous les compartiments de la vie nationale. Qu’il s’agisse du taux de chômage, de l’habitat, des conditions sanitaires ou des problèmes inhérents au système éducatif. La mauvaise gouvernance, qui caractérise la gestion des présidents qui se sont succédé au pouvoir pendant ces deux décennies, explique chaque année le mauvais classement de notre pays en matière d’Indice du développement humain par rapport aux autres pays de la région. L’abandon par les autorités étatiques de toute politique agricole, depuis 1986 conséquemment au Programme d’ajustement structurel proposé par le Fonds monétaire international et mis en place par le ministre de l’Economie et des Finances de l’époque, Leslie Delatour, a contribué à rendre le pays dépendant des autres économies de la zone. La phase 2 de ce programme réalisé dans les années 95, assortie d’une série d’accords commerciaux qui éliminent les barrières tarifaires sur les biens agricoles importés, a donné le coup de massue à l’agriculture de notre pays. Les Etats-Unis et la République dominicaine deviennent depuis lors les deux bénéficiaires de cette politique économique désastreuse, antinationale, qui va graduellement augmenter la misère dans les zones rurales et enfoncer Haïti dans une crise économique aiguë. Dans un sens comme dans l’autre, le projet de production de banane mis en place par l’homme d’affaires Jovenel Moïse, dans la commune de Trou-du- Nord, en l’année 2014, l’a aidé de façon significative à son élection à la Présidence de la République. Comment le nouveau président va-t-il pouvoir se lancer dans une politique agricole avec ce ministère de l’Agriculture inexistant depuis plus d’une vingtaine d’années ? En attendant de le voir à l’œuvre, le nouveau président devra également mettre à profit d’autres sources de création de richesses, notamment la science et la technologie. Leslie François Manigat fut le seul président de la République qui avait mis en place, en 1988, un ministère comportant un volet de la recherche scientifique. Aucune politique économique basée sur la création de richesses ne peut être conçue en 2017 sans tenir compte de la science et de la technologie. Les démarches initiées par le secteur privé pour augmenter le nombre d’emplois dans la sous-traitance présentement constituent une initiative louable. S’il faut ajouter dans les prochaines années les résultats du gouvernement sur le plan agricole, l’administration Moïse doit simultanément lancer le pays sur la voie de la recherche scientifique et technologique. Comment un gouvernement qui se propose de jeter les bases du développement durable peut-il, en 2017, ignorer la science et la technologie qui sont indispensables en matière d’éducation et de création de richesses ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com