Pour un pays qui a vécu autant d’années d’embargo, de blocus commercial, La Havane garde fière allure. Au premier contact aérien des visiteurs depuis la cabine de l’A-320 de 180 places de la compagnie aérienne qui les emmène à la capitale cubaine, les commentaires fusent de partout. Les installations sont vétustes, mais tout fonctionne normalement. Dans tous les recoins visités par la délégation haïtienne de 25 membres, l’ordre, le calme et la propreté qui y règnent font rêver les Haïtiens d’un passé pas trop lointain.
Depuis l’aéroport José Marti, aucune grande technologie occidentale n’a été remarquée, mais les gens à qui un travail a été confié l'ont fait avec efficacité et honneur. Les agents de l’immigration ne badinent pas ; ils sont inflexibles. Une fois au contact avec la rue, les visiteurs s’acharnent à se faire prendre en photo avec les superbes voitures des années 50 ou 60, ou 70 qui fourmillent le bitume à La Havane. Ces voitures rivalisent d’originalité, de couleur ou d’ancienneté. Les visiteurs comprennent vite pourquoi ces bolides bien fonctionnels, voire performants figurent sur les cartes postales qui vantent le pays de Fidel Castro, mort le 25 novembre 2016. Certains vont même jusqu'à regretter leur visite après que l’’illustre révolutionnaire a disparu… la mélancolie des uns mixée à l’admiration des autres donne un cocktail de discussions.
Sur la route qui nous emmène à la fameuse place de la Révolution, on passe par le Malecón, ce grand boulevard long de 7 mètres d’un bout à l’autre qui retient l’attention. Surtout au moment de notre passage, ce jeudi 23 février 2017, un front froid fait déchainer les vagues jusque sur la route. Les eaux salées retombent immédiatement sur les côtes via des conduits créés à cet effet. On se demande pourquoi il n’y a pas de bouchons dans les principales artères de la ville. Les automobiles filent l’un derrière l’autre avec un ordre militaire. Les nombreux autocars croisés dans plusieurs municipalités proches de la capitale font comprendre que le pays mise encore largement sur le tourisme pour faire tourner son économie.
Une fois arrivés sur la place de la révolution, les touristes déambulent dans toutes les directions sous l’œil vigilant des agents de l’ordre. Bien entendu. Appareils photos, téléphones intelligents, tablettes trouvent un usage intensif. Il faut le voir pour le croire. On aperçoit sur une façade du ministère de l’Intérieur une gigantesque image de Che Guevara. À côté, au bâtiment du ministère des Communications, une autre image de la même dimension, celle de Camilo Cienfuegos. Juste en face, le Mémorial dit José Marti, composé d’une tour en forme d’étoiles, avec ses 109 m de haut et le monument dressé en mémoire du père de cette nation.
Les gens sont fascinés par la manière dont les Cubains honorent leur bienfaiteur. Les touristes refusent de quitter l’endroit si bien que les autocars sont garés l’un à côté de l’autre, prêts pour d’autres destinations. Le bonheur se lit sur tous les visages. Certains promettent de revenir sur les lieux le plus tôt possible. Les tours opérateurs ne manquent de vendre la destination de Cuba comme celle d’Haïti.
Pourquoi ne pas admirer les élèves qui reviennent de l’école dans leurs beaux uniformes! Ils sont si élégants dans leur accoutrement d’enfants soucieux des choses de l’éducation. On voit des hommes et des femmes faire la queue devant une cabine téléphonique. Entre-temps, le guide partage avec les visiteurs un tas d’histoires sur son pays au passé révolutionnaire. De la fondation de cette République à nos jours, en passant par la courte occupation des Anglais et le protectorat des États-Unis. Justement, en passant par le bâtiment qui loge l’ambassade des États-Unis d’Amérique actuellement, on apprend que pendant longtemps elle abritait le bureau des intérêts américains sur l’île qui compte désormais plus de 10 millions d’habitants. Durant la révolution, une esplanade construite juste en face de l’ambassade servait à accueillir les manifestations dites contre l’impérialisme.
Des grands édifices, comme le capitole (el Capitolio nacional) vu depuis la terrasse de l’hôtel Saratoga où Philippe Bayard, P.D.G., et Richard Rose, directeur des opérations de la compagnie Sunrise Airways et l’ambassadeur d’Haïti à La Havane, Geri Benoit, ont tenu une conférence de presse, évoquent sans risque de se tromper la grandeur de ce peuple frère. Des hôtels comme Presidente, Malia Cohiba, Paseo Habana font comprendre aux sceptiques que La Havane est un haut lieu du tourisme caribéen. Tout se fait avec contrôle, dans la norme. Mêmes des commentaires grivois de touristes se font à voix basse. Cela témoigne quelque peu du respect pour le pays hôte.
Cuba est un pays catholique. Les Cubains ne rateront pas l’occasion de vous signaler que les deux Castro, Fidel et Raúl, ont déjà rencontré trois papes. Depuis la révolution, Jean Paul II en janvier 1998, Benoit XVI en mars 2012 et le pape François en février 2016 ont déjà foulé le sol cubain. Un fait historique s’est produit : la première rencontre depuis le schisme de 1054 entre un pape de l’église catholique romaine et le leader de l’Eglise orthodoxe russe, le patriarche Cyrille.
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