L’état de délabrement dans lequel se trouve Haïti devrait nous interpeller tous. La justice, la police, l’économie, l’eau potable et l’assainissement, la santé fonctionnent mal. Le chacun pour soi fait oublier les intérêts supérieurs de la nation. L’entêtement d’organiser des carnavals un peu partout à travers le pays dénote un état pathologique avancé de notre pourrissement. De toutes les urgences seules le carnaval retient l’attention des décideurs. La célérité dans l’urgence ne vaut que pour le carnaval. Que vaut un peuple qui fait preuve d'une impuissance permanente à résoudre ses moindres crises ou à satisfaire ses besoins les plus élementaires?
Les indicateurs sont au rouge dans quasiment tous les domaines de la vie nationale. Cela fait des lustres que l'Université d'État s'enlise dans une crise qui ne dit pas encore son nom. Trouver de l'eau de qualité dans son robinet dans l'aire métropolitaine est un luxe que ne peut se permettre la majorité des foyers de cette région. Quant à l'arrière-pays, mieux vaut ne pas en parler. Le système éducatif haïtien, à cause de ses nombreuses lacunes, souffre d'un déficit de crédibilité même au sein du pays, voire à l'étranger. Et que dire alors de la situation dans les hôpitaux publics qui deviennent des mouroirs publics à cause de la négligence des autorités qui réduisent les services publics à de véritables foutoirs ?
La seule chose qui capte l'attention et qui constitue une vraie préoccupation pour l'État haïtien de nos jours est l'organisation des festivités carnavalesques. On a vu l'ardeur avec laquelle le comité mis sur pied pour réaliser ce carnaval se met au travail pour livrer à temps la marchandise. En l'espace de quelques jours, ce comité, grâce aux moyens mis à sa disposition, a complètement transformé le boulevard des Quatre Chemins (aux Cayes). À Port-au-Prince comme aux Cayes, la motivation pour le carnaval est à son paroxysme. C'est comme si la vie de la population en dépendait.
Entre-temps, encore une fois, Haïti fait encore pâle figure dans un nouveau classement international. Celui d’énergie durable comme le souligne un rapport de la Banque mondiale publié récemment. Ce rapport intitulé "Regulatory Indicators for Sustainable Energy (RISE) passe au peigne fin les politiques de 111 pays dans l’accès à l’énergie, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Haïti se retrouve avant-dernier (110e position) de ce classement, devant la Somalie, à cause de ses piètres performances. Tous nos voisins de la région nous surclassent dans ce domaine.
Que font les dirigeants face à une priorité aussi indispensable que l'énergie? Pas grand-chose, à part quelques colloques et déjeuners-débats de temps à autre. D'aucuns disent que si les dirigeants haïtiens avaient fait montre de la même détermination pour le carnaval pour toutes les autres activités liées à la croissance et au développement, Haïti serait déjà un pays émergent.
En attendant de trouver assez de temps et de moyens pour penser à l'éducation, la santé, l'énergie, l'agriculture, l'environnement et l'assainissement, le gouvernement met tout son poids dans la balance pour réaliser un bon carnaval 2017. Qui sait ? Peut-être que la détermination au sommet de l’Etat pour l’organisation du carnaval servira de modèle pour nous permettre de réaliser les Objectifs du développement durable (ODD) à l'horizon 2030 tel que souhaité par les Nations unies.
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