Quand Youry Chevry a tenu mordicus à organiser le carnaval de Port-au-Prince, on avait bien admiré sa témérité. Quand ensuite il nous a soufflé de la poudre aux yeux, nous montrant qu’il était mieux organisé, on avait carrément applaudi. Il avait fait connaître son budget, donné des conférences, révélé rapidement le nom des membres de son comité, le projet Lamayòt, etc. Devant l’organisation parfaite des dimanches précarnavalesques, toutes, les unes plus réussies que les autres, on s’était mis à imaginer que les trois jours gras de Port-au-Prince seraient « WOW ». Le maire de Port-au-Prince, sans grands moyens, allait nous offrir un carnaval petit, simple, coloré, mais surtout bien ORGANISÉ ! Quelle déception ! Pour le dimanche gras, la mairie de Port-au-Prince est passée à côté de la réalisation d’un très bon petit carnaval. Même si on tente de se rappeler que leur budget est maigre (quelques millions de gourdes) on ne peut que déplorer les faiblesses de l’organisation. Pourquoi avec uniquement cinq chars à défiler, il y a tout ce temps mort au Champ de Mars ? Pourquoi les bandes à pied sont si rapprochées l’une de l’autre ? Pourquoi servir au public, qui a fait le déplacement en très grand nombre, cette si grande cacophonie ? Pourquoi il a fallu, avec seulement cinq chars en lice, que la Police mette un terme au carnaval sans que le dernier groupe ne termine son parcours ? Ceux qui ont fait le pari de rester à Port-au-Prince s’attendaient à des couleurs, une organisation stricte, un cordon de sécurité serré entre les bandes à pied. On n’a rien eu. Même le défilé artistique qui s'est voulu un peu plus coloré a manqué au niveau de créativité. Ce que nous déplorons chaque année. Qu’il n’y ait pas de chars allégoriques (à part celui, presqu'inaperçu, qui honorait les musiciens disparus), on le comprend, ce n’est presque pas de leur faute. Que les stands soient à moitié vides, on ne peut pas non plus le leur reprocher ! Mais temps morts, manque de diversité et manque d’organisation, sont totalement de la faute du carnaval de Port-au-Prince. Barikad Crew n’a pas clôturé le parcours. Après diverses pannes, quand enfin il a pu avancer en direction du Champ de Mars, il a été bloqué par la Police Nationale d’Haïti, qui avait pour ordre de fermer les festivités à 2 heures am. C’est plus que dommage! Car on avait le grand BC ! Le Barikad Crew des grands jours. Un BC au meilleur de sa forme, avec à ses pieds un peuple conquis, amoureux et reconnaissant pour ce ténor d’entre les ténors qui a fait choix de rester avec eux. Roody Rood Boy, quant à lui, est la révélation incontestable de ce carnaval. Avec la méringue la plus populaire, il n’a pas eu grand-chose à faire. Le public s’est laissé guider comme des enfants de chœur par l’artiste et sa bande. Situé en deuxième position dans la liste des groupes, tous les participants au carnaval ont pu danser sa musique jusqu’au bout. Bravo Roody ! Vwadèzil a obtenu une bonne note en ouvrant le parcours. Chalè n’a pas été ridicule, mais n’a pas créé non plus une belle euphorie. Brothers Posse, pour une première participation au défilé après 5 ans d’absence, aurait pu faire mieux. On ne sait même pas ce qui a manqué au sénateur Kato ? Une Sexy pentad pas assez populaire ? Une déconnexion avec le public carnavalesque ? Très suivi pourtant par des milliers de gens, il lui a manqué ce petit quelque chose qui donne la magie au Champ de Mars. Nouvo, de Oky Jems, pour causes techniques, n’est pas sorti du stade. Au final, le premier jour gras a été très moyen pour Port-au-Prince, qui pourtant n’a pas manqué de festivaliers. Le comité du carnaval de la capitale peut-il faire mieux ce lundi ? Continuons de croire aux miracles !