La barre psychologique a été franchie cette semaine. Désormais, il faut 70 gourdes pour un dollar américain. Et la dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar américain continue d’alimenter les débats aussi longtemps qu’Haïti exportera l’essentiel de ses biens et services. Que c’est difficile de vivre avec un déficit commercial grandissant! Le Sénat de la République a dû faire appel au ministre de l'Économie et des Finances, Yves Romain Bastien, et au gouverneur de la Banque de République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois, pour fournir des explications et envisager des pistes de solution. Cela fait sourire quand on entend des gens demander au gouverneur de la Banque centrale de faire baisser immédiatement le taux de change. Comme si on n’avait pas opté pour un système de change flottant, c’est-à-dire guidé par le marché. Dans un système de change flexible, la valeur d’une monnaie est déterminée par la rencontre entre l’offre et la demande de cette monnaie. On s’acharne à en faire une crise. Mais tout le monde savait pertinemment qu’on allait y arriver un jour ou l’autre. Les explications et les solutions sont pourtant connues d’avance. La BRH, comme à son habitude, va injecter des devises sur le marché pour éviter la rareté du billet vert. Entre 120 et 150 millions de dollars seront introduits sur le marché dans les 30 prochains jours. Les grandes entreprises qui ont une faim de loup pour le dollar vont l’aspirer aussitôt. Les responsables, au plus haut sommet de l’État, le savent. Cette mesure aura les mêmes conséquences que celles prises dans le passé: Ajourner le problème. Il faut trouver les meilleures solutions dans les délais. Mais…Haïti ne produit presque rien. Les entrées de devises se raréfient et les bonnes perspectives tarderont encore longtemps tant que des solutions à long terme ne sont pas prises en compte. La dollarisation peu à peu de l’économie montre à quel point les agents économiques ne font plus confiance à la monnaie nationale. On se comporte comme si personne ne savait que ce qui arrive maintenant était largement prévisible. On a organisé plusieurs élections avec pratiquement les mêmes résultats, c’est-à-dire pour rien. On bamboche, on organise des carnavals ici et là. On vit au-dessus de ses moyens. Tant qu’on persiste dans la bêtise, on aura à faire face aux conséquences. Les fondamentaux de l’économie demeurent. Tant que le pays ne produit pas suffisamment de biens et de services à exporter, les dollars se feront rares. L’instabilité sociopolitique y est pour quelque chose. Plus d’un mois, est déjà écoulé depuis l’investiture du nouveau président de la République Pourtant, on s’engouffre dans des négociations qui peinent à accoucher d’un consensus afin de faire voter la déclaration de politique générale du chef de gouvernement. Les familles qui ont un revenu de misère qui doivent convertir des gourdes et des gourdes pour subvenir aux besoins de leurs parents à l’étranger vont crouler sous le poids de cette dépréciation. Si des mesures de redressement ne sont pas prises à court, à moyen et à long terme, on se retrouvera avec le redoutable « zòrèy bourik ».